‹ uvresChapitre 22 sur 45 · EGLOGUE I · texte numérisé non relu

EGLOGUE I

TiTYRE.

O Mélibée , un dieu m'a fait ce doux loisir.

Oui , pour un de ses dieux mon cœur veut le choisir

Pour prix de ses bienfaits, de fréquens sacrifices

Rougiront son autel du sang de mes génisses.

Par lui , mon troupeau libre erre sur ces coteaux ,

• Je ne sais pourquoi les traducteurs n'avaient point songé à rendre littéralement ce vers :

O Melibae , deus nobù heec otiafecit.

« O Mélibée ! un Dieu nous a fait ce loisir. » L'abbé Desfontaines croyait-il traduire avec plus de grâce en mettant : « O Mélibée! c'est

Et ma voix peut encore éveiller les échos.

Melirée.

Je n'en suis point jaloux : mais ce calme m'étonne • , Tandis qu'au désespoir ici tout s'abandonne ; Tout fuit. Je vais, moi-même , en de nouveaux climats , Traîner mes chers moutons , compagnons de mes pas. Cette faible brebis , qui me suit avec peine , A laissé deux agneaux dans la forêt prochaine , Jumeaux nés d'aujourd'hui ; mais perdus sans retour , Et privés de leur mère en recevant le jour. J'aurais bien dû prévoir ces disgrâces funestes.

à un Dieu que je dois celte tranquillité. » Cette phrase est triviale , et celle de Virgile est poétique. L'abbé Desfontaines ignorait peut-être que Racine , dans sa belle idylle sur la paix , avait imité ainsi presque mot pour mot le vers de Virgile :

Un roi viclorieux nous a fait ce loisir.

( Note de M. MiGER. )

' Presque tous les traducteurs des Bucoliques ont rendu ce vers à peu près de la même manière. Henri de Villodon , dans une traduction des Eglogues , publiée en 1 8 1 8 , a dit avec Malfilàtre :

Je nVn suis poinl jaloux , mais ton bonheur mVtonne.

Cette traduction est tirée en entier de Millevoye, Langeac, Tissot, Didot et autres ; son auteur a eu le mérite de rassembler ces vers , pris de tous cotés , et de leur accoler son nom. On appréciera ce travail , aussi ingénieux qu'original.

Souvent j'ai vu ces pins frappés des feux célestes ; La corneille a souvent , du creux de cet ormeau , Par ses cris menaçans effrayé le hameau.

Cette Rome

Au-dessus des cités , élève autant sa tête Que le hardi cyprès , déployant ses rameaux , Porte son front superbe au-dessus des roseaux.

Là , j'ai vu ce héros , ce Dieu dont mon encens Parfume les autels douze fois tous les ans.

Veillez sur vos troupeaux ; allez , jeunes bergers , Et cultivez en paix vos champs et vos vergers.

O fortuné vieillard !

Ce terrein te demeure et suffit à tes vœux , Quoiqu'à peine le soc ouvre ce sol pierreux : Les eaux de ce marais, fangeuses et tranquilles, Couvrent les prés de joncs et de roseaux stériles; Mais , exempt de nos maux et libre de nos soins , Pour tes tendres brebis tu ne craindras du moins Ni l'effet dangereux d'un nouveau pâturage , Ni d'un troupeau malsain le triste voisinage. O fortuné vieillard ! dans un heureux repos , Ici tu jouiras de la fraîcheur des eaux , Près du fleuve sacré qui coule dans ces plaines ' ,

• M. de Villodon a trouve ce vers assez bon pour se l'approprier»

Et sous les arbres verts qui bordent ces fontaines.

Ici , tressés en haie , et plantés de tes mains ,

Ces saules , de ton champ qui marquent les confins • ,

T'offriront du sommeil les douceurs passagères,

Au murmure flatteur des abeilles légères,

Quand l'essaim bourdonnant de ces fdles du ciel

Vole de feuille en feuille , et ramasse le miel.

Les chants du bûcheron, du haut de ces montagnes,

Retentiront au Ipin dans les vastes campagnes ;

La tourterelle enfin , gémissant dans les bois.

Aux voix de tes ramiers joindra sa tendre voix ».

M. de Villodon peut-il dire comme Molière , qui ayait imité deux scènes du Pédant joué de Cyrano Bergerac : Je prends mon bien où je le trouve.

' Cette inversion est trop forcée. La traduction de ce beau morceau est pâle et négligée. Quel prosaïsme dans cette expression : P effet dangereux d'un nouveau pâturage. Croit-il ayoir rendu :Jlumina nota , fontes sacros et le céWthTC. frigus opacum, , sur lequel on a écrit des volumes. Aucune des images de Virgile n'a passé dans cette longue et froide imitation. Malfilàtre pourtant sentait mieux que personne le charme de ces vers , qui respirent la sensibilité la plus vraie et brillent des plus riches couleurs, n Les vers de M. Gresset, dit-il après les avoir cités dans ses notes , sont brillans sans doute ; mais j'aimerais mieux que , dans cet endroit , le poète français se fût contenté d'être simple et naturel , comme l'auteur latin , qui n'a songé qu'à nous intéresser par des images douces et naïves et par des vers coulans qui partent du cœur. M. de Fénélon en sentait bien le prix , lui qui disait : Malheur a celui qui n'est pas touché de ces vers :

Fortunate tenex ! htc , inter jlumina nota El fontes sacros ,frigus captabis opacum. i

» Variante de l'édition de Caen , iSaS :

Aux voix de tes ramiers joindr)) sa douce voix.

Ne reverrai-je plus mon toit couvert de chaume , Ni ce champ que je quitte et qui fut mon royaume.

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