EGLOGUE IV
Les nymphes de D.iphnis pleuraient la mort cruelle. Bois , vous fûtes témoins de leur douleur mortelle , Quand sa mère , embrassant ses restes malheureux *, De son trépas récent vint accuser les dieux ^. Nous vîmes la génisse et le coursier superbe Oublier les ruisseaux et la fraîcheur de l'herbe ; Et les tristes moutons , aux pieds de leur berger , Touchés de sa douleur, semblaient la partager.
Peurs, qui sont blanches. Virgile parle ici des fleurs, qui , de son temps , n'étaient d'aucun usage. L'hyacinthe (ou l'iris , ou le glayeul ) servait autrefois à la teinture : ainsi , quoique noir ou violet, on avait .soin de le cueillir. (iVote de Malfii.atre. )
' Ces deux derniers vers de Maldlàtre se retrouvent à peu près en entier dans la traduction de Millevoye :
Mais q\ie cette blancheur ne le rende point vaine : On cueille Thyacinllie, on laisse le troène.
' M. Henri dé Villodon semble encore avoir mis Malfilâtre à contribution :
Témoins de leur douleur , ormeaux, source sacrée , Re'petez-nous comment une mère éplorée , Embrassant de son fils les restes malheurevix , Accusait de sa mort les astres et les dieux.
^ Variante de l'édition de Caen , i8i3 :
Ue son Irc'pas récent accusait tous les dieux.
Dans les sables brûlans de l'Afrique déserte ,
Le lion , cher Daphnis, a gémi de ta perte.
Daphnis sut, le premier, sur les coteaux voisins.
Atteler à^des chars les tigres d'Arménie ;
Il couvrit, le premier, dans les champs d'Ausonie,
Les Thyrses de Bacchus de pampre et de raisins.
Cérès est des sillons l'ornement le plus digne;
Le taureau, roi des champs, est l'honneur des troupeaux ;
La vigne orne l'ormeau , la grappe orne la vigne ;
Et tu fus, ô Daphnis! la gloire des hameaux.