‹ uvresChapitre 31 sur 45 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Parcourez l'univers jusqu'aux derniers rivages ,

Visitez le climat des farouches Gelons ,

Et l'Arabe voisin des portes de l'aurore :

Tout pays a ses fruits, tout arbre a sa patrie.

Sur les bords Indiens naît la brillante ébène ;

L'encens parfume l'air dans les champs de Saba.

Que dirai-je des lieux où le baume odorant

Distille goutte à goutte , en larmes précieuses ,

Et ceux qui sont peuplés d'acanthes toujours verts.

Des bois dont le coton vient blanchir les rameaux ' ,

Et des riches forêts où croît , sur chaque feuille * ^

Un duvet délicat que le Sère y recueille ;

Et des arbres plantés sur les rives du Gange ,

Où les mers d'Orient terminent l'univers ,

Arbres qui de leur front vont insulter les nues ;

Tels que, de l'Indien les flèches si vantées,

De leur cime jamais n'ont atteint la hauteur.

' L'Ethiopie fertile en cotonniers.

{Note de Malfilatre. )

» On ne s'accorde pas sur la situation du pays des Sères 5 on sait seulement qu'ils étaient voisins des Chinois. Comme ils envoyaient de la soie en Europe, on appelait la soie de leur nom , vellera serica, et on croyait qu'elle croissait che* eux sur les feuilles de certains arbres. (iV^ote <ie Malfilatre. )

Des taureaux vomissant de leur gueule enflammée Des tourbillons épais de feux et de fumée , Dans ses champs n'ont jamais ouvert aucun sillon Qui fit germer les dents d'un horrible dragon; La terre n'y vit point de ses veines profondes, En moissons de guerriers, sortir ses dents fécondes.

Les chèvres , les brebis viennent bondir sur l'herbe , Le coursier belliqueux marche d'un pas superbe : Clitumne • fortuné ! tu vois ces fiers taureaux Qui, dans un char vainqueur, conduisent nos héros, Aux autels des grands dieux victimes consacrées. Se baigner quelquefois dans tes ondes sacrées.

Regardez les deux mers ' , dont les flots l'environnent Et ces superbes lacs creusés dans ses campagnes —

Je te salue , ô toi , terre du grand Saturne , Abondante en moissons et fertile en héros !..

• Clitumne , fleuve d'Italie , dans l'Ombrie. On y lavait les victimes , et on croyait que ses eaux les purifiaient. Il y avait de grandes victimes et de petites , comme de grands et de petits troupeaux ; les grandes n'étaient consacrées qu'aux grands dieux , et c'étaient elles qu'on appelait proprement victimes ,• les autres s'appelaient hostiœ.

(Note de Malfilatre, )

» La mer Adriatique , ou golfe de Venise , au nord , et la mer Tyrrhénienne au midi. Cette dernière s'étend depuis la Toscane jusqu'au détroit de Sicile.

(Note de Malfilatre. )

DES GEORGIQUES. 30t

Tels, quand un vaste champ rassemble deux armées , Avides de combat et de sang afiFamées , Les bataillons, rangés dans un ordre fatal, S'arrêtent, et du meurtre attendent le signal. De l'homicide acier la clarté foudroyante Vomit au loin des traits de lumière ondoyante ; Et Mars impatient, prêt à semer l'horreur , Vole, et de rang en rang va souffler sa fureur.

Un berger quelquefois, d'une main imprudente. Laissera dans les plants voler une étincelle Qui , sous la peau de l'arbre en silence cachée , Vit de l'huile abondante à l'écorce attachée : Le feu gagne le tronc , il s'étend à grand bruit , Il dévore en grondant et la feuille et le fruit ; Il s'élève en vainqueur ; par degrés il s'anime ; De rameaux en rameaux , il s'élance à la cime ; Ou , par le vent poussé, déploie , en un moment, Dans les bois de Bacchus un vaste embrasement; Et de noires vapeurs dans les airs répandues , D'un voile ténébreux vont obscurcir les nues. Tous vos ceps malheureux , sur la terre jonchés, Ou tomberont en cendre , ou mourront desséchés , Et vous ne verrez plus, au milieu des ruines. Que des troncs d'oliviers, brûlés dans leurs racines.

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