‹ uvresChapitre 34 sur 45 · CHANT VII · texte numérisé non relu

CHANT VII

« Pour moi , qui , grâce au ciel , touche déjà le port. Je vais trouver la paix dans le sein de la mort ; J'espérais seulement une mort plus tranquille. »

DE

On imprima à Paris, en 1761^ une tragédie de Clytemnestre , sans nom d'auteur. Malfilatre passe pour y avoir eu beaucoup de part. Ses amis ont souvent assuré que l'on devait à sa plume un grand nombre de vers élégans , qui y sont répandus et qui contrastent avec le plan absurde et le style plus détestable encore du reste de la pièce. Plusieurs éditeurs ont jugé à propos de réunir cette esquisse informe , dite tragédie , aux poésies de Malfilatre. Sans doute notre poète est loin d'être étranger à cet ouvrage et nous allons le prouver tout à l'heure ; mais pourquoi rapporter des sottises révoltantes , des scènes entières dont l'idée le dispute au style pour le ridicule , des platitudes qui sont autant de blasphèmes contre le goût et la raison ? Nous avons cherché à abréger du moins l'ennui du lecteur : dans

une analyse succinte où nous n'essayons pas de déguiser la difformité de ce monstre dramatique, nous avons cité les excellens morceaux que l'on est fâché de trouver en si mauvaise compagnie. Nous espérons qu'on ne nous reprochera pas notre prose, dont le seul mérite est de remplacer en quelques mots une trentaine de vers insupportables. Peut-être n'aurions-nous pas osé porter le fer avec autant de rigueur sur les productions d'un grand maître ; cette tragédie dont l'opinion générale attribue une partie à Malfilatre, était trop défectueuse, pour qu'on la reproduisit en entier. Plusieurs penseront qu'il eût mieux valu la laisser dans son obscurité. Des tirades fortes de pensée et d'expression, des vers heureux et d'une physionomie originale , protestent contre l'oubli, auquel on voudrait les condamner. Des incrédules mettront en doute la part que Malfilatre a prise à la composition de Clytemnestre , indigne sous plus d'un rapport du chantre de Narcisse. Nous allons mettre sous les yeux du lecteur les suppositions que nous hasardons à cet égard.

Clytemnestre est l'ouvrage d'un jeune homme, qui encore plein des beautés des tragiques grecs , dont il s'est nourri dans ses études , tente un premier pas dans la carrière'du théâtre , qu'il connaît à peme. Car le système dramatique a bien changé

depuis deux mille ans. Ce jeune homme, dis-je, s'est emparé d'un sujet qui a frappé son imagination, les éternels forfaits des Atrides. Crébillon et Voltaire , ont déjà enrichi notre scène d'une ^/ec/re et d'un Oreste. Qu'importe? ils n'ont pas servilement copié Sophocle , leurs tragédies sont manquées. Il est probable que Cly temnestre était achevée, lorsque Mal- FiLATRE consentit à y mettre la main. Celui-ci , récemment arrivé de province à Paris , était presque aussi étranger que son collaborateur à ce sentiment exquis des convenances , à cette entente de la scène, à cette connaissance du cœur humain , qui ne s'acquièrent que par l'expérience des années et une grande habitude du théâtre. Cependant, il écrivait avec élégance, et sans doute pour complaire à son ami , il métamorphosa en bons vers, de la prose rimée , chargée d'incorrections , sans toutefois changer rien à la conduite du drame. Le cinquième acte dont nous admirons l'inintelligible fatras ne porte pas l'empreinte des corrections de Malfi- LATRE qui n'eut probablement pas le courage d'aller jusque-là. Enfin , on remarque dans cette tragédie deux styles tout à fait différens; l'un correct, harmonieux et poétique; l'autre, au contraire, plat et barbare , répond à la défectuosité du plan. Souvent on croit entendre un poème; Oreste invoque Apollon , en vers ridiculement pompeux ;

O vous qui parcourez sur un char de lumière , Les limites du ciel et celles de la terre , Qui dans un cercle immense embrassant les saisons, Faites germer les fruits et mûrir les moissons.

On rencontre aussi des vers que tout le monde ne saurait pas faire. Electre dit à Clytemnestre :

La foudre sans gronder descend sur votre tête.

Et cette pensée que M. Soumet a imitée ; Electre répond à Clytemnestre , qui l'appelle sa fille ,

Ah ! grands dieux ! vous ma mère !

Osez-vous bien encore en conserver le nom ? Songez-vous que je suis fille d'Agamemnon.

Eh bien! Fauteur de ces beaux vers, peut-il être coupable des inepties dont fourmille cette tragédie ? Écoutons maintenant Egisthe parlant à son épouse agitée par les remords :

Eh bien ! il faut choisir d'être ou de n'être plus ,

De vivre sans régner ou bien de cesser d'être

Emportons avec nous dans la nuit du Tartare Le plaisir d'immoler Electre à notre tour ; Qu'en déchirant le flanc qui lui donna le jour,

Elle y puise la mort que sa main nous prépare , Et que nos flancs ouverts lui montrent le Ténare.

Nous pourrions citer des centaines de vers de cette force ! mais une preuve que Malfilatre a travaillé à cette tragédie , preuve plus certaine encore que le témoignage de ses amis, c'est qu'on y retrouve des vers entiers du Génie de Virgile que notre auteur avait entrepris à cette époque. En un mot , qu'on lise attentivement les belles pages que nous avons conservées , en oubliant les vices inhérens au cadre que l'auteur a choisi ; nous sommes bien trompés si on hésite à reconnaître la couleur antique du style de Mai^u^atre.

La tragédie de Clytemnestre , qui ne pouvait aspirer à la représentation , n'eut pas un grand succès à la lecture. Deux cents vers bien faits n'en sauvent pas douze cents détestables. Nous avons découvert dans \ Année littéraire une lettre où Fréron examine Clytemnestre avec goût et impartialité. Voici comme il commence son examen : « Un « auteur anonyme vient de nous donner , monsieur , « cette tragédie en cinq actes et en vers , dont le su- « jet est le même que celui d'Electre , traité par tous «les tragiques anciens et modernes. Eschile, Euri- «pide, Sophocle, et de nos jours MM. de Longe- « pierre , Crébillon et de Voltaire , semblaient avoir

« épuisé les lauriers dans ce champ fertile. L'auteur « de la nouvelle Electre , car c'est le véritable titre « de la pièce , a cru sans doute que ces grands noms « n'étaient point faits pour arrêter son essor. Il me « semble le voir s'élancer dans la carrière et se pro- « mettre la victoire : c'est un nouveau Bellérophon ; « par malheur ce n'est pas une chimère qu'il entre- « prend de combattre. Cette entreprise qui devrait « supposer de grands talens , suppose au moins « bien du courage. A ce titre l'auteur aura des droits « sur l'indulgence de tous ceux qui connaîtront les « difficultés de l'art et qui pèseront le mérite de ses « rivaux. Sa prudence me paraît encore digne d'é- « loges. Hasarder un ouvrage au théâtre , c'est lancer « un vaisseau en mer et l'exposer aux plus affreuses « tempêtes ; les risques de l'impression sont moins «soudains, moins douloureux; par cette voie on « fait naufrage dans le calme , point de bourrasques « qui s'élèvent tout à coup dans un parterre orageux, « point de cris tumultueux , de ces clameurs déses- « pérantes , que l'amour-propre le plus secourable « ne peut empêcher de parvenir jusqu'à la grille de « l'auteur , en un mot la mort de l'impression est la « plus douce pour un écrivain.

« Cette tragédie est précédée d'une épître dédicace toire, dont j'aurais peine à vous rendre compte ; « tout ce que j'ai entrevu , c'est que c'est un

« logogriphe à la louange de M. de Voltaire K » Il fait ensuite l'analyse de la tragédie ; on peut la lire dans les notes. Fréron porte sur le style de Clytemnestre, un jugement un peu sévère. « La verce sitication, dit-il , est en général peu exacte , diffuse , « pleine de réminiscences ; mais on y trouve de « temps en temps des morceaux qui méritent des « éloges. » Il ajoute après quelques citations : « Que « l'auteur n'écrit-il toujours avec autant de pureté

« et de naturel? Voilà le vrai style tragique Le

« style en général n'est point dépourvu de chaleur, « et cet ouvrage , à travers les vices et même les ri- « dicules qu'il présente , décèle le germe d'un talent

« que l'étude et la réflexion peuvent développer

« Je conseille donc à l'auteur de Clytemnestre , que « je ne connais pas , de renfermer pour quelque « temps ses pinceaux , d'étudier les grands modèles « et de ne point sacrifier au goût présent. »

' Malgi-é toutes nos recherches, nous ne sommes pas parvenus à découvrir l'édition originale de Cljtemnestre. L'édition de Caen , i8a3 , sur laquelle sont imprimés les fragmens de cette tragédie , que nous rapporlons , ne donne point l'épi tre dédicatoire dont parle Fréron .

TRAGÉDIE EN CINQ ACTES, Attribuée à Malfilâtre.

Oreste ouvre la scène accompagne' de Pylade et de Pammène , son gouverneur. Il revient à Argos , conduit par un oracle d'Apollon , qui lui ordonne de venger la mort d'Agamemnon , en frappant Egisthe et sa criminelle épouse ; im parricide l'épouvante :

O combats ! ô nature I à terrible devoir !

Que dois-je faire? 6 ciel ! je dois punir le crime ,

Venger Agamemnon Mais quelle est ma victime?

Tonnez , dieux immortels ! je ne puis obéir : Prévenez un cœur faible et prêt à vous trahir. Epargnez-moi l'affront d'abandonner mon père, Epargnez-moi l'horreur d'assassiner ma mère , Et laissez-moi , grands dieux , en tombant sous vos coups , Expirer innocent, et digne encor de vous.

Pylade et Pammène lui persuadent que le meurtre de sa mère sera une action vertueuse ; Pylade reproche à son ami l'horreur que lui inspire un parricide, il regarde comme un opprobre le refus de répandre le sang de Clytemnestre ; il termine ses exhortations par ces deux vers :

Apollon soutiendra ton courage abattu ; Il doit à l'univers ta première vertu.

Apollon interrogé n'a-t-il pas répondu :

Oreste, dans Argos je conduirai tes pas: Sans pitié Clytemnestre assassina ton père , Sois sans pitié pour elle et ne l'épargne pas '.

« Dans celte tragédie , le ciel commande un parricide 5 Clytemnestre est coupable 5 mais Oreste est son fils 5 il ne faut avoir aucune habitude de la scène pour nous le montrer résigné à un crime horrible. Dans Voltaire , dans Crébillon , dans M. Soumet , l'oracle ordonne à Oreste de venger Agamemnon^ il ne nomme point les victimes; le malheureux , en immolant Clytemnestre , obéit à la fatalité. Ici , les dieux , Pylade , Pammène , Electre encouragent Oreste à ne pas épargner sa mère; c'est prodiguer l'horreur inutilement; cette férocité qui forme le caractère de tous les personnages de cette déclamation est contre nature, et ne peut inspirer ni terreur, ni pitié. Voilà comme on a gàlé un des plus beaux sujets de l'antiquité.

Oreste s'abandonne à la volonté du ciel ; et après avoir supplie son ami de ne pas s'exposer aux dangers qu'il va courir , il le charge de porter au palais la lettre de Strophius , qui doit tromper Egisthe en lui annonçant la mort du fils d'Atride.

Mes coups inattendus en seront mieux frappés ,

s'écrie celui-ci. Ils sortent tous les trois pour aller prier au tombeau d'Agamemnon.

Electre vient faire une longue invocation à la nuit ; Ismène , sa confidente , fait le tableau de la tyrannie d'Egisthe ; elle finit en disant :

Cette ville est changée en un vaste cercueil. Jadis Agamemnon , enchaînant la victoire, Avait chargé ces murs des marques de sa gloire : Egisthe a renversé tous ces grands monumens; Tout se flétrit ou meurt sous la main des tyrans.

ELECTRE

Va , si les habitans des voûtes azurées ,

Si ces divinités de nectar enivrées,

Tranquilles dans les cieux, d'un œil indifférent,

Voient des êtres divers s'écouler le torrent.

Si rien ne les distrait, l'enfer est moins barbare ;

Les dieux des malheureux sont les dieux du tartare ;

Minos a dans ses mains la balance du sort.

Electre passe tout à coup au de'lire le plus complet ; elle voit le Styx et les furies , elle entend les enfers lui promettre ven-

Chrysothe'mis , sœur d'Electre , entre avec des femmes portant des libations.

ELECTRE

Où courez-vous, ma sœur?

Pourquoi cet appareil, ces vases , ces guirlandes?

chrysothémis.

Au grand Agamemnon je porte des offrandes , Ma mère les envoie.

ELECTRE

O ciel ! que dites-vous ?

Clytemnestre ose encore invoquer son époux? Fumante de son sang, elle trouble ses mânes, Et sa fille pour elle offre ces dons profanes !

CHRYSOTHEMIS.

Je vais prier mon père.

ÉLECT RE.

Ah ! tu vas le braver ; Cruelle! contre moi tu vas le soulever.

DE CLYTEMNÊSTRE. 329

chrysothémis.

Eh ! ma sœur , arrêtez d'Egisthe et de ma mère

Ne cesserez-vous point d'exciter la colère? Âgamemnon n'est plus : mais par ces vains éclats, Vous vous perdez vous-même et ne le vengez pas ' ; Vos fureurs , chère Electre, et vos superbes plaintes , Rendront-elles la vie à ses cendres éteintes? Nul espoir désormais ne nous est plus permis : Soumettons-nous, cédons à des dieux ennemis. Aux volontés du ciel en vain l'homme résiste : Il fit régner mon père, il fait régner Egisthe.

ELECTRE

Qu'entends-je, malheureuse? ô crime ! ô trahison ! Pardonne , ombre sacrée , ombre d'Agamemnon ! Sans rougir de son sort , ta criminelle fille

Voit la honte où les dieux ont plongé ta famille !

Va, fuis loin de mes yeux; baise en tremblant la main ,

La main qui de. ton père a déchiré le sein ,

Et laisse moi du moins , noble dans ma misère ,

T' abhorrer , et mourir digne encor de mon père.

■ Qu'a produit sa fierté ? que servent ses éclats ? Elle irrite un barbare et ne vous nenge pas.

Voltaire , Oresle , arir I.

CHRYSOTHÉMIS.

Mais , sans tous ces égards que vous nommez bassesse , C'était fait de vos jours, cruelle, et c'est pour vous Que j'ai pu d'un barbare embrasser les genoux,

ELECTRE

Connaissez les tyrans. Egisthe me déteste ,

Egisthe veut ma mort, mais il redoute Oreste :

Il craint encor , il craint , pour venger mon trépas ,

Que les dieux indignés n'arment enfin son bras.

Voilà ce qui l'arrête. Il se flatte , il espère ,

En me laissant le jour, suspendre leur colère,

Et pouvoir opposer , après tant de forfaits ,

Un seul qu'il se refuse à tous ceux qu'il a faits.

Tant qu'Oreste vivra , votre frayeur est vaine ,

Et sa vie , en un mot, me répond de la mienne.

Mais si , quand nos tyrans ont su l'envelopper ,

Au fer de l'homicide il ne peut échapper ,

Si, pour combler nos maux, le sort trahit mon frère ,

Et livre a leur fureur une tête si chère ,

Vous les verrez bientôt , ces monstres furieux ,

Fouler aux pieds la crainte et défier les dieux ;

Ivres de leur fortune , accumuler les crimes,

Egorger sans pitié leurs dernières victimes ;

Et vous-même , ma sœur , de leurs noirs attentats ,

Tout votre abaissement ne vous sauvera pas.

DE CLYTEMNESTRE. 33t

Dans leur férocité , d'autant plus inflexibles Qu'à vos maux plus long-temps ils ont paru sensibles , Que leur feinte douceur semblait vous ménager; Des biens qu'ils vous ont faits , ils sauront se venger : Us frapperont sans choix et l'une et l'autre esclave , Et celle qui les sert , et celle qui les brave.

chrysothémis.

Arrête... quels discours! quel présage!... ah! ma sœur, Quelle affreuse lumière a passé dans mon cœur!

J'en frémis cependant tremblante, intimidée.

Et de noires terreurs Clytemnestre obsédée , Craint des maux qu'elle ignore , et depuis quelquesjours. Semble, en m'ouvranl ses bras, implorer mon secours : « Ma fille , me dit-elle, un dieu vengeur m'accable ; « Mais le courroux des dieux n'est pas inexorable.^ o Des offrandes, peut-être, et surtout des remords, « Des regrets éternels , peuvent toucher les morts. « Nos cris peuvent percer jusqu'au royaume sombre : « Je veux d' Agamemnon apaiser la grande ombre ; « A son tombeau , ma fille , osez porter mes pleurs, « Mon repentir sincère et mes longues douleurs. »

ELECTRE

Quoi ! même dans sa tombe , impitoyable épouse , De son repos encor serais-tu donc jalouse ? Quand ses yeux sont fermés, ne pourra-t-il jamais

Dans le sommeil des morts trouver enfin la paix ? Aux accens de ta voix , dans la nuit infernale Vois-tu s'épouvanter les enfans de Tantale?

Ils t'appellent va, fuis aux gouffres éternels

Va souffrir les tourmens dus aux grands criminels

Chère Chrysothémis , par le nom de mon père , Jetez ces dons impurs , et craignez sa colère

CHRYSOTHÉMIS.

'Mais , ma sœur, j'avais cru, qu'à l'exemple des dieux, Des honneurs , des présens pouvaient plaire à ses yeux ; Que du sang des taureaux , la solennelle offrande

ELECTRE

Le sang de ses bourreaux est celle qu'il demande. Eh ! qu'importent des dons par le crime souillés, Rejetés par les dieux , par la crainte envoyés , Inutiles aux morts dont ils chargent la tombe? L'ombre d'Agamemnon veut une autre hécatombe.

CHRYSOT hÉmIS.

Hé bien , vous l'emportez. Par ces présens affreux , Je n'insulterai point un père malheureux , Ma sœur, et loin de lui ma main va les répandre. Mais j'irai dans l'enceinte où repose sa cendre , Dans ces lieux révérés j'irai verser des pleurs ,

Et dans sou sein du moins exhaler mes douleurs.

ELECTRE

Je reconnais ma sœur. Agamemnon lui-même

Va reconnaître encore une fille qu'il aime

Que ne puis-je te suivre et tromper mes tyrans ! Va , porte à son tombeau les dons de ses enfans ,

Il recevra sans doute une offrande si pure

Tiens , voilà mes cheveux, tiens voilà ma ceinture. Couronne son tombeau de fleurs et de cyprès ,

Mais cache à tous les yeux ces mystères secrets

Puisse mon père , au gré de mon impatience , Envoyer en ces lieux Oreste et la vengeance ' !

' Rapportons les critiques judicieuses de Fréron sur ce premier acte : « Comme l'auteur parait s'être attaché à imiter l'Electre de Sophocle, c'est avec lui que je le comparerai. Ce premier acte est presque tout entier pris du grec 5 mais il fallait que l'auteur se bornât à traduire les beautés de l'original sans y ajouter des défauts. N'est -il pas indécent , dans nos mœurs , de voir Oreste entre son gouverneur et son ami qui lui conseillent tous deux d'assassiner sa mère ? Dans Sophocle c'est Oreste lui-même qui rappelle l'oracle d'Apollon et qui semble se livrer à sa destinée 5 l'odieux de cet oracle ne tombe point sur un sage vieillard , ni sur ami respectable ; d'ailleurs il fallait éviter ce moyen , puissant dans la religion grecque , frivole dans la nôtre. Il est affreux sur notre scène qu'un fils étouffe dans son cœur la voix de la nature. Ce n'était pas ainsi que Racine imitait les grands modèles. Personne n'a mieux saisi que lui les nuances diverses des mœurs , de la politique , du gouvernement des différons peuples ; il imprimait à tout ce qu'il empruntait des anciens le génie de sa nation. La seconde scène ne renferme que des apostrophes communes , des plaintes emphatiques , une douleur fastueuse qui ne va pas à l'àme. C'est pourtant Electre qui parait j il fallait annoncer son caractère ,

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