MÉDÉE
Moi , Moi , dis-je, el c'est assez
ISM ENE.
Et la mort.
ELECTRE
Je la brave^ Que dis-je? je la cherche et je veux dès ce jour , Dans ce palais sanglant, au milieu de leur cour , Je veux plonger mes mains dans le sang des perfides.
Electre , après un délire de quelques vers , tombe dans l'abattement.
Ismène , tu l'as vue ,
Clytemnestre , en mes bras se jeter éperdue, Et frémissant , d'un songe envoyé par les dieux, Mendier par ses pleurs mon secours auprès d'eux. J'étais presque sensible à sa douleur mortelle. Mais de la mort d'Oreste elle apprend la nouvelle ; Sa criminellejoie éclate dans ses yeux , Ils brillent devant moi de leur bonheur affreux.
Electre jure la mort de sa mère.
Chrysothe'mis accourt.
Ma sœur , Oreste vit, dissipez vos alarmés.
ISMENE
11 n'est plus.
CHRY SOTHÉmIS.
il respire i
ELECTRE
Ah ! croyez-en mes larmes.
CHR ysothémis.
Mais , ma sœur , dans le fond de ce bois révéré , Au sépulcre des rois asile consacré , Seule , j'allais pleurer au tombeau de mon père : Je l'ai vu , croyez-moi, ce tombeau solitaire ! Je l'ai vu de cheveux , d'offrandes couronné , Et de ruisseaux de lait nouvellement baigné. Enfin , si par mes yeux je ne suis pas trompée , Sous des festons de fleurs j'ai vu luire une épée • ; C'est mon frère ! eh I quel autre?
< Ces vers sont imite's de Voltaire :
Je l^ai vu , ce tombeau , couronne' de guirlandes ,
De l'eau sainte arrose' , couvert encor d'offrandes
Une e'pe'e , et c'est là ma plus ferme espe'rance , C'est le signe éelatant dti jour de la vengeance ,
Et quel autre qu'un fils , qu'un frère, qu'un he'ros
Oreste , acte II.
ELECTRE
Quel plaisir prenez-vous à flatter ma douleur ,
Je sais tout, et j'ai vu cet étranger funeste
Qui vient apporter l'urne et les cendres d'Oreste.
CHRYSOTHEMIS.
Oresteest mort?... grands dieux ! toutest fini pour nous.
ELECT RE.
Il me reste un espoir.
C HRYSOTHE MIS.
Un espoir, dites-vous?
Ah ! parlez : quel est-il ?
ELECTRE
De me servir moi-même , D'immoler Clytemnestre et le tyran qu'elle aime , De venger à la fois , par un coup glorieux , Ores te, Agamemnon, la nature et les dieux.
CHRYSOTHEMIS.
Osez-vous?..
ELECTRE
Je ferai ce qu'aurait fait mon frère.
Chrjsothëmis , flottante entre la crainte et l'espérance, de'plore le sort d'Oreste , que le destin a condamné peut-être
A traîner dans les bois, sans appui, sans secours , Le poids de l'infortune attachée à ses jours.
Electre , au souvenir des maux que son frère a soufferts depuis son enfance , sent ses jeux mouillés de larmes ; tout à coup elle essuie ses pleurs :
Est-ce à moi de répandre des pleurs ' ? Sans fruit j'ai trop Ion g- temps pleuré sur nos malheurs. On a vu trop long-temps cette Electre si fière , Mourante dans ses fers , gémir sur la poussière.. .
' Ces vers ont peut-être e'té fournis par Voltaire :
Des pleurs ; ah : ma faiblesse en a trop répandus. Des pleurs! ombre sacrée, ombre chère el sanglante, Est-ce là le tribut qu'il faut qu'on te présente? C'est du sang que je dois , c'est du sang que tu reux.
Ores te, acte III.
Cette pensée, resserrée en un seul vers par M. Soumet , a acquis une nouvelle force :
Des pleurs ! toujours des pleurs et jamais la vengeance 1
Clytemneilre , acte I .
Armons-nous et frappons. Qui pourrait m'étonner?
Qui sait braver la mort est sûr de la donner ■.
Ma vengeance ou ma mort ne peut être assez prompte ;
Oreste et Paramène entrent , apportant à la reine l'urne où les cendres du fids d'Agamemnon sont cense'es se trouver. Electre s'en empare et lui adresse ses plaintes ;
ELECTRE
. . . . O triste objet de tendresse et d'horreur !
En quel état les dieux te rendent à ta sœur !
Mon frère , mon cher frère ! est-ce toi que j'embrasse !
Toi , le superbe espoir d'une brillante race !
O mon frère ! est-ce toi que ma tremblante main
Tient dans cette urne étroite, et presse sur mon sein ".'
Hélas ! par des soupirs que tu ne peux entendre ,
Que ne puis-je échauffer et ranimer ta cendre !
O fils d'Agamemnon ! mânes sacrés'? —
' Qui ne craint point la mort est sur de la donner.
Voltaire , Oreste , acte III.
' Que la douleur d'Electre est sulilime dans Sophocle !
o monument sacre' du plu» cher des humains I Cher Oreste I est-ce toi que je tiens dans mes mains ? G toi dont mes secours ont protège Tenfance ! Toi que j'avais sauve dans une autre espérance , . Est-ce ainsi que , pour moi depuis long-temps perdu , Mon frère à mes regards devait être rendu ?
Traduction de L* Harpf..
— Le poète s'est privf' d'un moyen dramatique, dont Voltaire avait
Oreste, à ces cris dechirans , va se de'clarer à sa sœur, lorsque Clytemneste sepre'sente avec Pylade.
p YL A D E , {en montrant Vume que tient Electre. )
Voici l'urne d'Oresté ;
. oreste(/«? retournant vers Clylemnestre . )
C'est ma mère !
CLYTEMNESTRE (à Elcclre , en s' avançant sur la scène, )
Voilà le succès de tes vœux.
Le voilà ce vengeur que l'ont promis tes dieux : Ce héros , dont le bras, ministre de ta haine , Devait percer mon flanc , devait briser ta chaîne : Qu'il te venge.
fait .usage' avec tant de succès 5 il a servilement copié Sophocle, en le défigurant ^ Egisthe ne reçoit pas des mains d'Orcstre la cendre de Plistène, son propre fils j on lui présente seulement une urne qu'on lui dit contenir les restes du fils d'Agameninon. Cette ruse. est inutile, mesquine, indigne de la tragédie 5 <\\ez les grecs le respect que l'on portait aux oracles , pouvait l'excuser j cette scène , dans Voltaire, est au contraire une de ces conceptions qui n'appartiennent qu'au génie. Quelle foide de beautés elle amène à sa suite. Electre , qui croit avoir perdu son frère , pleure sur le monument de sa vengeance. Quel puissant intérêt dans la marche rapide d'une action à laquelle président , les deux grands secrets de l'art , la terreur et la pitié ! Dans cette tragédie de Clytemnestre, qui n'arien de tragique, nous ne trouvons que des absurdités et quelques beaux vers.
E LEC TRE
O mon frère ! ô dernier coup du sort ! Ta mère... il lui manquait d'insulter à ta mort.
CLYTBMNESTRE.
Va pleurer loin de moi , méprisable ennemie : Va sécher dans l'opprobre et dans l'ignominie. . . Arrachez-lui cette urne '