É LE C T RE
o vengeance ! ô fureur !
Mère barbare, achève et m'arrache le cœur '.
Pammène entraîne Oreste qui ne peut plus se contenir. Tout le monde se retire , excepte' Clytemnestre qui reste à considérer l'urne de son fils , placée sur un autel. Elle la montre à Egisthe à qui elle adresse ces mots :
Electre est à nos pieds et les couvre de larmes.
Son orgueil est brisé , son génie est vaincu ,
Sa menace est tombée et son frère a vécu.
Il n'est plus que poussière , une urne est son era pire :
Tigre, avec celle cendre arrache moi le cœur.
Voltaire , Oresie , acte III.
DE CLYTEMNËSTRE. 35t
Plistène vas régner , tu vis , et je respire , Et je vois , par la mort de ce grand ennemi , Jusqu'en ses fondemens mon trône raffermi. Il le faut avouer , le nom fatal d'Oreste Epouvantait mon cœur d'un présage funeste. J'éprouvais ces terreurs , ces troubles dévorans , D'un esprit incertain impérieux tyrans.
Ces fantômes du faible , et le mépris du sage , Qui font frémir nos sens , et qui sont leur ouvrage , Me poursuivaient sans cesse
Egisthe , toujours soupçonneux , prévoit des malheurs et des dangers. Clytemnestre lui demande, avec ironie, s'il redoute aussi la timide Chrysothe'mis ; le tyran répond qu'elle n'est pas moins à craindre qu'Electre :
Dans une âme plus faible elle a toute sa rage ; La misère , les fers tout prêts à l'accabler Etouffèrent sa plainte et la firent trembler ; Mais ses soumissions irritent sa colère ; Nous la voyons ramper, mais mordre la poussière.
Ellles peuvent , ajoute-t-il , exciter le peuple d'Argos à la révolte , implorer le secours de Strophius ,
Et dans ces lieux sanglans entraîner la vengeance.
Clytemnestre descendra pendant la nuit au tombeau d'Atride , pour dévouer ses filles au trépas. Egisthe termine le troisième acte par ces vers :
Puissions-nous aujourd'hui joindre les sœurs au frère , Puissions-nous réunir les enfans à leur père ! Que sa tombe dévore et sa race et son nom , Et qu'il ne reste rien de votre Agamemnon.