ORESTE
Dieu du jour ! dieu témoin de mon impatience , Si ton œil ne doit pas éclairer ma vengeance , Achève ta carrière , et loin de ces climats ,
> Le troisième acte n'avance pas l'action. La scène oii Clytemnestre vient dire à Electre , que son frère respire , qu'elle a vu le tombeau de son père orne' de présens, couvert de fleurs et d'offrandes funéraires, cette scène qui devrait produire une suspension admirable , n'a pas du tout d'effet. L'intérêt expire aussitôt qu'on l'entrevoit. Oreste paraît un instant; la vue de sa mère , les larmes de sa sœur , un spectacle aussi touchant devrait le mettre dans une situation terrible; comment est-il possible que l'oracle d'Apollon puisse prévaloir en ce moment? Ce ressort est forcé , machinal, et détruit tout le sujet. L'auteur nous présente toujours Ëgisthe et Clytemnestre 5 c'est Oreste , c'est Electre qu'il fallait offrir aux yeux du spectateur. Voilà le brillant du tableau ; le reste ne devait servir que d'ombre. ' ' (Tnr.Koy , ^nnée littérnire , 1761.)
DE CLYTEMNESTRË. 353
De tes coursiers tardifs précipite les pas
Mais le temps est venu : je vais punir les crimes , Déjà je vois le sort m'amener mes victimes. Oui , je vais vous venger , ô mânes généreux , Mânes chers et sacrés d'un père malheureux ! Oui, je vais te venger, ô soeur infortunée ,
Dans ton propre palais, en esclave enchaînée !
Ah ! si ton frère encor n'a pas fini tes peines , Si tes augustes mains portent encor des chaînes , Si j'ai pu te revoir, sans voler dans tes bras, L'ordre secret du ciel a retenu mes pas ; Apollon de mon cœur s'est emparé lui-même , Je suis aveuglément sa volonté suprême.
Il m'a promis vengeance
J'en crois la voix du ciel qui ne trompe jamais.
On va renfermer dans le tombeau d'Agamemnon , l'urne que la reine croit contenir les cendres de son fils ; Oreste et Pammène se retirent dans le temple d'Apollon. Pylade , comme ambassadeur de Strophius, doit assister à la cérémonie. Chrysotlie'mis arrive avec sa suite; Pylade est ému à l'aspect des pleurs qu'il lui voit re'pandre.
CHRYSOTIIÉMIS.
De ces Dieux ennemis et toujours inflexibles Le bras , de jour en jour, appesanti sur nous , Nous accable à loisir, sans lasser leur courroux. C'est peu que Cly temnestre , au tombeau de mon père ,
Apporte , en triomphant, les cendres de mon frère, Il faut que , pour combler nos malheurs et ses vœux , Nos yeux soient les témoins de son bonheur affreux. Déjà la triste Electre
Achevez.
CURYSOTHEMIS.
On l'entraîne.
Mourante, et succombant sous le poids de sa chaîne.