PYLADE
Ah ! puisse un plus beau jour luire , et vous éclairer ' Peut-être que les Dieux , touchés de vos alarmes. Tariront pour jamais la source de vos larmes.
chrysothémis.
Tout est fini pour nous ; Oreste est mort , seigneur , Pour nous , dans l'univers , il n'est plus de vengeur...
Cly temnestre et Egisthe , entourés de leur cour et du peuple d'Argos , vont se placer sur un trône. La reine prend la parole :
Peuples, écoutez votre reine éplorée.
Oreste , dernier fils de la race d'Atrée , Ce fils que me donna la colère du sort ,
Que j'aimais cependant... mon cher Oresle est mort.
Le destin loin de moi l'entraîna dès l'enfance.
Des prodiges affreux marquèrent sa naissance.
On disait qu'a sa mère il ravirait le jour ;
Hélas ! en ai-je moins souhaité son retour?
Ce reste de mon sang , et du sang de vos maîtres ,
Peuples , nous l'appellions au rang de ses ancêtres.
Il n'est plus , et le ciel m'a ravi cet espoir.
L'honorer par des pleurs , voilà notre devoir.
Strophius de mon fils a recueilli la cendre. Cette urne , cet objet si terrible et si tendre, Que ma douleur contemple , et que pressent mes mains, Doit être mise aux pieds du plus grand des humains. Oreste ainsi l'ordonne , il veut que près d'un père Ses mânes frémissans soient placés par sa mère. Je le dois , j'obéis... mon fils infortuné , Aux horreurs de l'exil , en naissant , condamné , Mon fils , n'éprouva point mes soins et mes caresses. Ces tributs de l'amour, ces fruits de nos tendresses , Que je dus prodiguer autour de son berceau , Doivent servir du moins à parer son tombeau.
Quel devoir cependant ! Ombre chère et sacrée , Oreste ! que veux-tu d'une mère éplorée ? Quoi! monfils, quoi! tu veux, pourcomblermestourmens, Que je descende au fond de ces grands monumens , Où la nuit de la mort , cette nuit immobile , De l'omb/e de ton père est l'éternel asile ! Il le faut. Unissons et le père et le fils : De la maison d'Atrée assemblons les débris.
O famille des rois que la mort environne , Quels funestes cyprès vont ombrager ton trône I Mais je remplis ces lieux de regrets superflus; Plisthène va régner, Oreste ne vit plus. Discorde , brise enfin tes glaives parricides : Tu n'en peux plus armer les farouches Atrides ! Ils ne sont plus , ces fils , ces frères nés rivaux , Dont la rage emprunta ton glaive et tes flambeaux. Atrée enfin succombe , et le cède à Thyeste , Je couronne Plisthène , et nous pleurons Oreste.
Soutenue par Egisthe , elle entre dans le bois consacre' au tombeau d'Atride. Une ombre menaçante apparaît , repousse Clytemnestre, et tend les bras à Electre et à sa sœur. Le spectre montre son flanc entr'ouvert et s'ëvanouit. Clytemnestre fait connaître son crime par ces mots que lui arrachent les remords :
O sang que j'ai versé , tu rejaillis sur moi !
Les Argiens sont muets d'horreur' ; Electre les appelle à la révolte .
Vous l'avez entendu ; la justice suprême
■ Electre avait dit, dans le premier acte, à Chrysothémis :
SI ses sujets n'onl pas venge' sa mort, Se» «ujets ignoraient les horreurs de son sort. ,
Mai» croyez-vous , comme eux , que le feu de la l'oudre Le re'duisit en cendre el mil son trône en poudre. ?
Il est ridicule de sup])Oser que le meurtre d'Agamemuon soit resté secret ;
Vient de forcer le crime à s'accuser lui-même '.