ACTE V
Nous ne doutons pas que Malfilatre ne soit absolument e'tranger à ce cinquième acte , dont l'exécution est loin de racheter l'absurdité'; on y chercherait envain une pense'e raisonnable, im vers me'diocre ; tout y est de'testable. Ne pouvant en extraire un morceau passable, nous laissons Fre'ron en faire l'analyse.
« Nous voici enfin au cinquième acte. Toujours Egysthe et Clytemnestre , toujours de longs dialogues où il faudrait du mouvement. Le tyran et sa tremblante e'potise ne font aucun effort, ne prennent aucune mesure pour prévenir la révolte qu'Electre prépare. Pylade et Pammène qui devraient être arrêtés , vont et viennent dans le palais , sans raison , sans objet , sans vraisemblance ; on ne sait ce que veut Oreste, c'est lui qui doit tout faire , c'est lui que le ciel arme du glaive de la vengeance,
admettons que Ton soit parreiiu à faire croire que ce roi a été frappé de la foudre , ce qui est d^flicile ; son Cls doit lui succéder; Egistlie, en l'écartant du trône et en épousant la veuve du roi , justifie tous les soupçons , déjà formés contre lui. II est donc invraisemblable et inutile de déguiser l'usurpation d'Egisthe , au peuple d'Argos.
■ L'action du quatrième acte est aussi lente que celle du précédent. Le seul événement de cet acte , est l'apparition de l'ombre d'Agamemnon , mauvaise parodie du spectre de Sémiramis. C'est un véritable épouvantail. Je suis loin d'autoriser cependant cette innovation de M. de Voltaire, copiste des Anglais en ce point, comme en bien d'autres. Ce n'est qu'à l'abri d'un grand tiom qu'on hasarde dépareilles nouveautés. On (îxcuse t|uelquefois les délires d'un homme à la mode ; mais l'indulgence d'un siècle reconnaissant n'csl point un titre"pour l'incxorahlr postérité.
( Frfron , Année liltcrnire 1701.^
et il n'agit point ; on dirait qu'il est immobile sous la main des dieux. Une lettre feinte, le long mensonge de Pjlade, l'urne où l'on croit que les cendres d'Oreste sont renferme'es , cette triple ruse forme toute l'intrigue , tout le tissu de la pièce.
» Le dénouement est pre'ce'de' de la reconnaissance d'Oreste et de Chrysothe'mis , reconnaissance froide dans un cinquième acte et d'ailleurs .tout-à-fait inutile. Electre entre sur la scène , arrêtant le peuple qui la suit en tumulte , sans que la garde d'Egisthe fasse la moindre re'sistance. Cette princesse ne reconnaît point encore Oreste ; Clytemnestre paraît e'perdue , effrayée ; Oreste se pre'cipite sur elle et la poignarde. Ah '.c'est mon frère , s'e'crie Electre, en voyant frapper sa mère !... La plume me tombe des mains , monsieur, je ne conçois pas comment on peut se permettre des tableaux aussi afireux. Est-ce dans le moment qu'Oreste est le plus odieux , qu'il fallait le faire reconnaître à sa sœur ? Quel effet peut produire la reconnaissance de deux parricides (car Electre est preçqu'aussi coupable qu'Oreste), de deux enfans dénature's qui s'embrassent sur le corps sanglant de leur mère expirante? Egisthe arrive dans ce moment horrible , et ce qu'il y de plus étonnant , c'est que cet Oreste poursuivi par les fiiries , égaré par les dieux , ce fils teint du sang qui lui donna le jour , conserve assez de sang froid pour charger le peuple de la mort d'Egisthe à qui il devrait déchirer le cœur. Egisthe n'attend point qu'on l'immole et se tue lui-même , mort trop belle et trop douce pour un tyran qui , pendant toute la pièce , a inspiré l'horreur et l'indignation. »