‹ Œuvres Mélanges de poésie et de littératureChapitre 31 sur 40 · CHEZ ANT. AUG. RENOUARD · texte numérisé non relu

CHEZ ANT. AUG. RENOUARD

M. ôccc. XX.

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particulièrement de l'esprit français et de la gaieté languedocienne , et fabait éprouver autant d'agrément à ceux qui ne le voyaient que d'une manière fugitive , que les qualités de son âme faisaient goûter de charmes à ceux qui avaient avec lui un commerce lia})ituel.

U fut destiné de bonne heure au service militaire. Son père avait consumé la plus grande partie de sa modique fortune dans les honneurs obscurs d'une compagnie de cavalerie , et il fallait bien que le fils suivit cet exemple : c'était l'usage de ce temps-là parmi les personnes d'un certain rang, et Florian n'aurait pu s'y soustraire sans honte ; il est vrai que , grâce à M. le maréchal de Ségur , tout le monde n'avait pas cet avantage '. Après avoir été pendant quelque temps page de M. le duc de

' On sait que, d'après une ordonnance de ce ministre , nul ne pouvait entrer au service comme officier, s'il ne prouvait qu'il avait quatre degrés de noblesse.

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Pentliièvre , Florian fut placé dans son régiment : son oncle étaitécuyer de ce prince , et en était extrêmement aimé : c*était le même qui avait épousé la nièce de Voltaire , veuve d'un M, Fontaine , et qui vint ensuite s'établir à Ferney, où il fit bâtir une jolie maison sur le plan que le propriétaire de ce lieu célèbre , aussi bon architecte que grand écrivain, avait pris plaisir à tracer pour lui. Ce fut donc à cet oncle , neVeu de Voltaire et éciiyer du duc de Penthièvre, que Florian dut le bon accueil qu'il reçut dès son enfance à l'hôtel de Toulouse et à Ferney, et l'avantage d'être soutenu, dès ses premiers essais dans la carrière des armes et dans celle des lettres , par le petit-fils de Louis xiv, et par l'historien de son siècle. Avec ce double appui , il marcha d'un pas presque égal dans l'une et l'autre carrières ; et ses succès y furent en quelque sorte parallèles , si je peux m'exprimer ainsi. Il obtint la croix de Saint-Louis. et le grade de lieutenant colonel au moment même où il fut nommé

6 lïOTICE SUR FLO&IAir.

membre de rAcadémie française ; presque en même temps il reçut une pension comme homme de lettres, et, pour retraite militaire , une lieutenance de roi.

Le duc dePenthièvre, qui appréciait ses qualités personnelles , tandis que Voltaire appréciait son esprit, le nomma son gentilhomme, et le chargea particulièrement de la distribution d'une partie des nombreux bienfaits , je dirais presque des bienfaits immenses, qu'il versait chaque jour secrètement sur des milliers de malheureux. Ministère respectable sans doute, bien précieux pour le cœur de Florian , et que son âme douce et compatissante sut toujours convenablement remplir ; car, au lieu de les faire considérer à ceux qui les recevaient comme des secours humilians , il avait Part de les montrer à leurs yeux comme de véritables marques d'honneur et de légitimes récompenses.

Ce ne fut qu'après la mort de Voltaire que Florian obtint toute la faveur du prince auprès duquel il avait le bonheur

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de vivre ; mais nous voyons , dans son immense correspondance , qu'il rendait depuis long-temps un respectueux hommage aux hautes et touchantes vertus qui caractérisaient M. le duc de Penthièvre , et qu'il voyait avec un grand plaisir le jeune homme auquel il s'intéressait si vivement , placé de manière à pouvoir s'honorer un jour d'une bienveillance aussi glorieuse.

Ce qu'il y a de plus extraordinaire , et ce qui ajoute un charme de plus au souvenir qu'a laissé le vertueux prince dont je parle dans ce moment , c'est que son extrême piété ne le porta jamais à désapprouver la vive admiration de Florian pour les ouvrages de Voltaire, ni son attachement à sa mémoire. Il souffrait même que Florian travaillât pour ,1e théâtre : seulement il se bornait à ne pas connaître ses pièces; et ce scrupule, que personne n'osait combattre , donnait à l'auteur un grand avantage : il lui permettait de louer publiquement et justement son bienfaiteur, sans qu'il le sût, et

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