‹ ŒuvresChapitre 110 sur 599 · CLÉANTE, ÉLISE · texte numérisé non relu

CLÉANTE, ÉLISE

CLÉANTE

Je suis bien aise de vous trouver seule, ma soèur ; et je brûlais de vous parler, pour m'ouvrir à vous d'un secret.

ÉLISE

Me voilà prête à vous ouïr, mon frère. Qu'avez- vous à me

dire?

CLÉANTE

Bien des choses, ma sœur, enveloppées dans un mot. J'aime.

ÉLISE

Vous aimez?

CLÉANTE

Oui, j'aime. Mais, avant que d'aller plus loin, je sais que je dépends 'd'un père, et que le nom de fils me soumet à ses Tolontés ; que nous ne devons point engager notre foi sans le consentement de ceux dont nous tenons le jour ; que le ciel lésa faits les mattres de nos vœux, et qu'il nous est enjoint de n'en disposer que par leur conduite^ que n'étant prévenus d'aucune folle ardeur, ils sont en état de se tromper bien moins que nous et de voir beaucoup mieux ce qui nous est propre; qu'il enfant plutôt croire les lumières de leur prudence que l'aveuglement de notre passion ; et que l'empor-

tement de la jeunesse nous entraine le plus souvent dans des précipices fâcheux. Je vous dis tout cela, ma sœur, afin que TOUS ne vous donniez pas la peine de me le dire ? car enfin mon amour ne veut rien écouter, et je tous prie de ne me point faire de remontrances.

ÉLISE

Vous étes-YOus engagé , mon frère , avec celle que tous aimez .'

CLÉANTE

Non ; mais j'y suis résolu, et je vous conjure encore une fois de ne point apporter des raisons pour m'en dissuader.

ÉLISE

Suis-je, mon frère, une si étrange personne ?

CLÉ4NTE.

JNon, ma sœur ; mais tous n'aimez pas; vous ignorez la douce violence qu'un tendre amour fait sur nos cœurs, et j'appréhende votre sagesse.

ÉLISE

Hélas ! mon frère, ne parlons point de ma sagesse *, il n'est personne qui n'en manque, du moins une fois en sa vie*, et si je vous ouvre mon cœur, peut-être serai-je à vos yeux bien moins sage que vous.

CLÉANTE

Ah! plût au ciel que votre âme, comme la mienne... !

ÉLISE

Finissons auparavant votre afifaire, et me dites qui est celle que vous aimez.

CLÉANTE

Une jeune personne qui loge depuis peu en ces quartiers, et qui semble être faite pour donner de l'amour à tous ceux qui la voient. La nature, ma sœur, n'a rien formé de plus aimable; et je me sentis transporté dès le moment que je la vis. £lle se nomme Mariane, et vit sous la conduite d'une bonne femme de mère qui est presque toujours malade, et pour qui cette aimable fille a des sentiments d'amitié qui ne sont pas imaginables. Elle la sert, la plaint et la console, avec une tendresse qui vous toucherait l'âme. Elle se prend d'un air le plus charmant du monde aux choses qu'elle fait ; et l'on voit briller mille grâces en toutes ses actions, une douceur pleine d'attraits, une bonté tout engageante, une honnêteté adorable, une... Âh ! ma sœur, je voudrais que vous l'eussiez vue!

ÉLISE

. J'en vois beaucoup, mon frère, dans les choses que vous

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