‹ ŒuvresChapitre 115 sur 599 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

CLÉANTE

Vous avez raison.

HARPAGON

Laissons cela, et parlons d'antre affaire. (Apercevant ciéante

et Elise qm se font des signes.) Hé 1 ( Bas, à part. ) Je- Crois Cpl'ils

se font signe l'un à l'autre de me voler ma bourse. (Haut.) Que veulent dire ces gestes-là ?

ÉLISE

Nous marchandons, mon frère et moi , à qui parlera le premier, et nous avons tous deux quelque chose à vous dire.

HARPAGON

Et moi j'ai quelque chose ausû à vous dire à tous deux.

CLÉANTE

C'est de mariage, mon père, que nous désirons vous parler.

HARPAGON

Et c'est de mariage aussi que je veux vous entretenir.

ÉUSE.

Ah! mon pèrel

HARPAGON

Pourquoi ce cri? Est-ce le mot, ma fille, ou la chose, qui vous fait peur ?

CLÉANTE

Le mariage peut nous faire peur à tous deux, de la façon que vous pouvez l'entendre; et nous cr&ignons que nos sentiments ne soient pas d'accord avec votre choix.

HARPAGON

Un peu de patience ; ne vous alarmez point. Je sais ce qu'il îàut à tons deux, et vous n'aurez, ni Tun ni l'autre, aucun lieu de vous plaindre de tout ce que je prétends faire; et, pour commencer par un bout (àciéante), avez-vous vu, ditesmoi, une jeune personne appelée Mariane , qui ne loge pas loin d'ici?

HARPAGON

ÉUSE.

Oui, mon père.

Et vous?

J'en ai ouï parler.

HARPAGON

Comment, mon fils, trouvez- vous cette fille ?

CLÉANTE

Une fort charmante personne.

HARPAGON

Sa physionomie?

GLÉANTE.

Tout honnête et pleine d'esprit.

HARPAGON

Son air et sa manière ?

GLÉANTE.

Admirables, sans doute.

Ne croyez-vous pas qu'une fille comme cela mériterait assez que l'on songeât à elle ?

GLÉANTE.

Oui, mon père.

HARPAGON

Que ce serait un parti souhaitable?

GLÉANTE.

. Très souhaitable.

HARPAGON

Qu'elle a toute la mine de fa|re un bon ménage? ^

GLÉANTE.

Sans doute.

HARPAGON

Et qu'un mari aurait satisfaction ayec elle ?

GLÉANTE.

Assurément.

• HARPAGON

Il y a une petite difficulté : c'est que j'ai peur qu'il n'y ait pas, avec elle, tout le bien qu'on pourrait prétendre.

GLÉANTE.

Ah ! mon père, le bien n'est pas considérable, lorsqu'il est question d'épouser une honnête personne.

HARPAGON

Pardonnez-moi, pardonnez-moi. Mais ce qu'il y a à dire^ c'est que, si l'on n'y trouve pas tout le bien qu'on souhaite, on peut tâcher de regagner cela sur autre chose.

GLÉANTE.

Cela s'entend.

HARPAGON

Enfin, je suis bien aise devons voir dans mes sentiments; car son maintien honnête et sa douceur m'ont gagné l'âme, et je suis résolu de l'épouser, pourvu que j'y trouve quelque bien.

GLÉANTE.

Euh?

HARPAGON

Comment?

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