‹ ŒuvresChapitre 114 sur 599 · ACTE I, SCÈNE HI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE HI

Je parle... je parle à mon bonnet.

HARPAGON

£t moi, je pourrais bien parler à ta barrette (1).

M'empècherez-Toas de maudire les avaricieux ?

HARPAGON

Non; mais je t'empêcherai de jaser et d'être insolent. Taistoi.

Je ne nomtne personne.

HARPAGON

Je te rosserai si tu parles.

Qui se sent monreux, qu'il se mouche.

Te tairas-tu ?

Oui, malgré moi.

HARPAGON

Ah! ah!

î.\ FLÈCHE, montrant k Harpagon nne poche de son justaucorps. Tenez, voilà encore une poche : ètes-TOUS satisfait ?

HARPAGON

Allons, rends-le-moi sans te fouiller.

Quoi?

HARPAGON

Ce que tu m'as pris.

Je ne vous ai rien pris du tout.

HARPAGON

Assurément ?

Assurément.

HARPAGON

Adieu. Va-t'en à tous les diables !

LA FLÈCHE , à part.

Me Toilà fort bien congédié.

Je te le mets sur ta conscience, au moins.

(1) On dit proTflrUalement parler à la barrette de quelqu'un , pour Ini parler tans mésagement , porter la main aur lai , le frapper à la tôte.

160 UAVARB.

HARPAGON

Cela est étrange que mes propres enfants me trahissent, et deviennent mes ennemis.

CLÉANTE

Est-ce être votre ennemi que de dire que vous avez du bien ?

HARPAGON

Oui. De pareils discours, et les dépenses que vous faites, seront cause qu'un de ces jours on me viendra chez moi couper la gorge, dans la pensée que je suis tout cousu de pistoles.

CLÉANTE

Quelle grande dépense est-ce que je fais?

HARPAGON

Quelle ? Est-il rien de plus scandaleux que ce somptaeui équipage que vous promenez par la ville? Je querellais hier votre sœur; mais c'est encore pis. Voilà qui crie vengeance au ciel; et, à vous prendre depuis les pieds jusqu'à la tête, il y aurait là de quoi faire une bonne constitution. Je vous l'ai dit vingt fois, mon fils, toutes vos manières me déplaisent fort; vous donnez furieusement dans le marquis-, et, pour aller ainsi vêtu, il faut bien que vous me dérobiez.

Hé! comment vous dérober?

HARPAGON

Que sais-je? Où pouvez- vous donc prendre de quoi entretenir l'état que vous portez?

CLÉANTE

Moi, mon père? c'est que je joue; et, comme je suis fort heureux, je mets sur moi tout l'argent que je gagne.

HARPAGON

C'est fort mal fait. Si vous êtes heureux au jeu, vous en devriez profiter, et mettre à honnête intérêt l'argent que vous gagnez, afin de le trouver un jour. Je voudrais bien savoir, sans parler du reste, à quoi servent tous ces rubans dont vous voilà lardé depuis les pieds jusqu'à la tête, et si une demi-douzaine d'aiguillettes ne suffit pas pour 'attacher un haut-de-chausse. Il est bien nécessaire d'employer de l'argent à des perruques, lorsque l'on peut porter des cheveux de son cru, qui ne coûtent rien ! Je vais gager qu'en perruques et rubans il y a du moins vingt pistoles ; et vingt pistoles rapportent par année dix-huit livres six sous huit deniers, à ne les placer qu'au denier douze (1).

(1) Ua denier d'intérêt pour douze prdtés, c'est-à-dire nn peu plus de hvM pour cent.

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