ACTE n, SCÈNE VI
ne Tienne à bout? J'ai, surtout pour les mariages, un talent mer?eilleux. Il n'est point de partis au monde que je ne trouve en peu de temps 'le moyen d'accoupler; et je crois, sije me l'étais mis en tête, que je marieriais le Grand Turc avec la république de Venise. 11 n'y avait pas, sans doute, de si grandes difficultés à cette affaire-ci. Comme j'ai commerce chez elles, je les ai à fond l'une et l'autre entretenues de TOUS; et j'ai dit à la mère le dessein que vous aviez conçu . ]*our Mariane, à la voir passer dans la rue et prendre Taîr à ^a fenêtre.
HARPAGON
Quia fait réponse...
FROSINC.
Elle a reçu la proposition avec joie ; et quand je lui ai témoigné que vous souhaitiez fort que sa fille assistât ce soir au contrat de mariage qui se doit faire de la vôtre, elle y a consenti sans peine, et me l'a confiée pour cela.
HARPAGON
C'est que je suis obligé , Frosine, de donner à souper au seigneur Anselme ; et je serû bien aise qu'elle soit du r^al.
FROSINE
Vous avez raison. Elle doit, aprèa dîner, rendre viste à Totre fille, d*où elle fait son compte d'aller faire un tour à la foire, pour venir ensuite au souper.
HARPAGON
Eh bien, elles iront ensemble dans mon carrosse, que je i leur prêterai.
I FROSINB.
Voilà justement son affaire.
HARPAGON
Mais, Frosine, as-tu entretenu la mère touchant le bien qu'elle peut donner à sa fille? Lui as-tu dit qu'il fallait qu'elle s'aidât un peu, qu'elle fît quelque effort, qu'elle se saignât pour une occasion comme celle-ci ? Car encore n'épouse- t-on point une fille sans qu'elle apporte quelque chose.