‹ ŒuvresChapitre 142 sur 599 · ACTE m, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE m, SCENE V

HARPAGON

SouTiens-toi de m'écrire ces mots : je les veux faire graver en lettres d'or sur la cheminée de ma salle.

YALÈRE.

Je n'y manquerai pas. Et pour votre souper, vouî n'avez qa'à me laisser faire : je réglerai tout cela comme il faut.

HARPAGON

Fais donc.

MAÎTRE JACQUES

Tant mieux ! j'en aurai moins de peine. HARPAGON, à Valère.

11 faudra de ces choses dont on ne mange guère, et qui rassasient d'abord : quelque bon haricot bien gras, avec quelque pâté en pot bien garni de marrons.

VALÈRE

Reposez -vous sur moi.

HARPAGON

Maintenant, maître Jacques, il faut nettoyer mon carrosse.

MAITRE JACQUES

Attendez : ceci s'adresse au cocher. (Maître Jacques remet sa casaque.) VouS dites...

HARPAGON

Qu'il faut nettoyer mon carrosse, et tenir mes chevaux tout prêts pour conduire à la foire...

MAÎTRE JACQUES

Vos chevaux, Monsieur? Ma foi ! ils ne sont point du tout eo état de marcher. Je ne vous dirai point qu'ils sont sur la liUère : les pauvres bêtes n'en ont point, et ce serait mal parler; mais vous leur faites observer des jeûnes si austères, que ce ne sont plus rien que des idées ou des fantômes, des façons de chevaux.

HARPAGON

Les voilà bien malades! ils ne font rien.

MAÎTRE JACQUES

Et pour ne faire rien, Monsieur, est-ce qu'il ne faut rien Jjianger? Il leur vaudrait bien mieux, les pauvres animaux, de travailler beaucoup, de manger de même. Cela me fend le cœur de les voir ainsi exténués ; car, enfin, j'ai une tendresse Poar mes chevaux, qu'il me semble que c'est moi-même, quand je les vois pâtir. Je m'ôte tous les jours pour eux les Choses de la bouche, et c'est être. Monsieur, d'un naturel trop ûor, que de n'avoir nulle pitié de son prochain.

HARPAGON

Le travail ne sera pas grand, d'aller jusqu'à la foire.

M4tTRE JACQUES.

Non Je n'ai pas le courage de les mener; et je ferais conscience de leur donner des coups de fouet, en l'état où ilMont, Comment Toudriez-vous qu'ils traînassent un carrosse, qu'Os ne peuvent pas se traîner eux-mêmes.

TALÈRE.

Monsieur, j'obligerai le voisin Picard à se charger de les conduire; aussi bien nous fera-t-il ici besoin pour apprêter le souper.

haItre mcqubs.

Soit. J'aime mieux encore qu'ils meurent sous la main d'un autre que sous la mienne.

TÀLÊRE.

Maître Jacques fait bien le raisonnable t

HAItRE JACQUES.

Monsieur l'intendant fait bien le nécessaire!

HARPAOON.

Paix!

MAlTRfi JACQUES.

Monsieur, je ne saurais souffrir les flatteurs ; et je vois que ( e qu'il en fait, que ses contrôles perpétuels sur le pain et le vin, le bois, le sel et la chandelle, ne sont rien que pour tous gratter et vous faire sa cour. J'enrage de cela, et je suis fâché tous les jours d'entendre ce qu'on dit de vous : car, enfin, je me sens pour vous de la tendresse, en dépit que j'en aie; et, après mes chevaux, vous êtes la personne que j'aime le plus.

HARPAGON

Pourrais-je savoir de vous, maître Jacques, ce que l'on dit de moi?

MAÎTRE JACQUES

Oui, Monsieur, si j'étais assuré que cela ne vous fàcbàt point.

Non, en aucune façon.

MAÎTRE JACQUES

Pardonnez-moi; je sais fort bien que je vous mettrais en colère.

HARPAGON

Point du tout; au contraire, c'est me faire plaisir, et j' suis bien aise d'apprendre comme on parle de moi.

MAÎTRE JACQUES

Monsieur, puisque vous le voulez, je vous dirai franchement qu'on se moque partout de vous, qu'on nous jette de tous côtés cent brocards à votre sujet, et que Ton n'est poioi plus ravi que de vous tenir au cul et aux chausses, et de faire

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