CLÉANTE, MARIANE, ÉLISE, FROSINE
CLÉANTE
Rentrons ici ; nous serons beaucoup mieux. Il n'y a plus autour de nous personne de suspect, et nous pouvons parler librement.
ÉLISE
Oui , Madame, mon frère m'a fait confidence de la passion qu'il a pour vous. Je sais les chagrins et les déplaisirs que sont capables de causer de pareilles traverses; et c'est, je vous assure , avec une tendresse extrême, que je m'intéresse à votre aventure.
MARIANE
C'est une douce consolation que de voir dans ses intérêts une personne comme vous ; et je vous conjure. Madame, de me garder toujours cette généreuse amitié, si capable de m'adoucir les cruautés de la fortune.
FROSINE
Vous êtes, par ma foi, de malheureuses gens l'un et l'autre, de ne m'avoir point, avant tout ceci, avertie de votre affaire. Je vous aurais, sans doute, détourné cette inquiétude, et n'aurais point amené les choses où l'on voit qu'elles ^nt.
202 L'AVABB.
CLÉÀNTE.
Que veux- tu? c'est ma mauvaise destinée qui Ta votlu ainsi. Mais, l)elle Mariane, quelles résolutions sont les vôtres ?
aURIANE.
Hélas ! suis-je en pouvoir de faire des résolutions? Et, dans la dépendance où je me vois, puis -je former que des souhaits?
CLÉANTE
Point d'autre appui pour moi dans votre cœur que de simples souhaits? Point de pitié officieuse? Point de secourable bonté? Point d'affection agissante?
M4RIANE.
Que saurais-je vous dire? Mettez- vous en ma place, et voyez ce que je puis faire. Avisez, ordonnez vous-même : je m'en remets à vous, et je vous crois trop raisonnable pour vouloir exiger de moi que ce qui peut m'étre permis par l'honneur et la bienséance.
CLÉANTÈ.
Hélas ! où me réduisez- vous, que de me renvoyer à ce que voudront me permettre les fâcheux sentiments d'un rigoureux honneur et d'une scrupuleuse bienséance ?
HÀRIANE.
Mais que voulez- vous que je fasse? Quand je pourrais passer sur quantité d'égards où notre sexe est obligé, j'ai de la considération pour ma mère. Elle ifu'a toujours élevée avec une tendresse extrême, et je ne saurais me résoudre à loi donner du déplaisir. Faites, agissez auprès d'elle; employez tous vos soins à gagner son esprit. Vous pouvez faire et dire tout ce que vous voudrez ; je vous en donne la licence; et s'il ne tient qu'à me déclarer en votre faveur, je veux bien consentir à lui faire un aveu, moi-même, de tout ce que je sens pour vous.
CLÉANTE
Frosine, ma pauvre Frosine, voudrais-tu nous servir?
FROSINB.
Par ma foi, faut-il le demander? je le voudrais de tout mon cœur. Vous savez que, de mon naturel, je suis assez humaine. Le ciel ne m'a point fait l'âme de bronze, et je n'ai que trop de tendresse à rendre de petits services, quand je vois des gens qui s'entr'aiment en tout bien et en tout honneur. Que pourrions-nous faire à ceci?
CLÉANTE
Songe un peu, je te prie.
MARUNE.
Ouvre-nous des lumières.