‹ ŒuvresChapitre 155 sur 599 · LISE · texte numérisé non relu

LISE

TfouT« quelque invention pour rompre ce que tu as fait.

FROSINE

Ceci est assez difficile, (a Mari'ane.) Pour votre mère, elle n'est pas tout à fait déraisonnable, et peut-être pourrait-on la gagner et la résoudre à transporter au fils le don qu'elle ?eut faire an père, (a cièante.) Mais le mal que j'y trouve, c'est que votrt père est votre père.

CLÉANTB.

Cela s'entend.

FROSINE

Je veux dire qu'il conservera du dépit si l'on montre qu'on le refuse, et qu'il ne sera point d'humeur ensuite à donner son consentement à votre mariage. Il faudrait, pour bien faire, que le refus vînt de lui-même, et tâcher, par quelque moyen, de le dégoûter de votre personne.

CLÉANTB.

Tu as raison.

FROSINE

Oui, j'ai raison ; je le sais bien. C'est là ce qu'il faudrait; mais le diantre (1) est d'en pouvoir trouver les moyens. Attendez : si nous avions quelque femme un peu sur l'âge qui fàt de mon talent, et jouât assez bien pour contrefaire une dame de qualité, par le moyen d'un train fait à la hâte, et (l'un bizarre nom de marquise ou de vicomtesse, que nous supposerions de la Basse-Bretagne, j'aurais assez d'adresse pour faire accroire à votre père que ce serait une personne riche, outre ses maisons, de cent mille écus en argent comptant ; qu'elle serait éperdument amoureuse de lui, et souhaiterait de se voir sa femme, jusqu'à lui donner tout son bien par contrat de mariage ; et je ne doute point qu'il ne prêtât l'oreille à la proposition. Car enfin il vous aime fort, je le sais, mais il aime un peu plus l'argent ; et quand, ébloui de ce leurre, il aurait une fois consenti à ce qui vous touche, il importerait peu ensuite qu'il se désabusât, en venant à vouloir voir clair aux effets de notre marquise.

CLÉANTE

Tout cela est fort bien pensé.

(i; Salymnt Ifénage , cette ezpresiion » été imaginée pour éviter de se lerrlr àa mot diable, Holière n'eit pas le moI qui ait empkqré oe mot dans ce sens ; kngtflmps «Tant Ini, BabeUU aTwft dit, CretUure du grand vilain diantre ^a^fir CUt. in,oli.iii).

FROSIME.

Laissez-moi faire. Je Tiens de me ressouvenir d'une de mes amies qui sera notre fait.

CLÉANTE

Sois assurée, Frosine, de ma reconnaissance, si tu Tiens à bout de la chose. Mais, charmante Mariane, commençons, je vous prie, par gagner votre mère ; c'est toujours beaucoup faire que de rompre ce mariage. Faites-y de votre part, je vous en conjure^ tous les efforts qu'il vous sera possible. Servez-vous de tout le pouvoir que vous donne sur elle cette amitié qu'elle a pour vous. Déployez sans réserve les grâces éloquentes, les charmes tout-puissants que le ciel a placés dans vos yeux et dans votre bouche ; et n'oubliez rien, s'il vous plaît, de ces tendres paroles, de ces douces prières et de ces caresses touchantes à qui je suis persuadé qu'on ne saurait rien refuser.

MARIAIfE.

J'y ferai tout ce que je puis, et n'oublierai aucune chose.

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