‹ ŒuvresChapitre 166 sur 599 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

' HABPAGON , UN commissaire, MAITRE JACQUES. '

MAÎTRE JACQUES, dans le fond da tbéfttre, en se retoornant du côté par lequel il est entré.

Je m'en vais revenir. Qu'on me ^l'égorgé tout à Theure ; qu on me lui fusse griller les pieds ; qu'on me le mette dans l'eau bouillante, et qu'on me le pende au plancher.

HARPAGON^ à ma!tre Jacqaes.

Qui? celui qui m'a dérobé?

MAlTRE JACQUES.

Je parle d'un cochon de lait que votre intendant me vient d'envoyer, et je veux vous l'accommoder à ma fantaisie.

HARPAGON

Il n'est pas question de cela -, et voilà Monsieur à qui il faut parler d'autre chose.

LE COMMISSAIRE , à maître Jacques.

Ne vous épouvantez point. Je suis un homme à ne vous point scandaliser (1), et les choses iront dans la douceur.

MAÎTRE JACQUES

Monsieur est de votre souper ?

LE COMMISSAIRE

11 faut ici, mon cher ami, ne rien cacher à votre maître.

MAÎTRE JACQUES

Ma foi, Monsieur, je montrerai tout ce que je sais faire, et je vous traiterai du mieux qu'il me sera possible.

HARPAGON

Ce n'est pas là raffaire.

MAÎTRE JACQUES

Si je ne vous fais pas aussi bonne chère que je voudrais, c'est la faute de monsieur votre intendant, qui m'a rogné les ailes avec les ciseaux de son économie.

HARPAGON

Traître ! il s'agit d'autre chose que de souper ; et je veux que tu me dises des nouvelles de l'argent qu'on m'a pris.

MAÎTRE JACQUES

On vous a pris de l'argent ?

(1) Sn temps de Molière, le mot tcanéUxUser se prenait qaelqaefoia dans le MU de décrier , diff<l!i>ier' (Voyez le dictionnairB de l'Académie , édition de 1694.)

HARPAGON

Oui, coquin; et je m'en vais te faire pendre, si tu ne me le rends.

LE COMMISSAIRE, à Harpagon.

Mon Dieu ! ne le maltraitez point. Je vois à sa mine qu*il est honnête homme, et que, sans se faire mettre en prison, Il vous découvrira ce que vous voulez savoir. Oui, mon ami, si vous nous confessez la chose, il ne vous sera fait aucun mal, et vous serez récompensé comme il faut par votre maître. On lui a pris aujourd'hui son argent, et il n'est pas que vous ne sachiez quelques nouvelles de cette affaire. MAÎTRE JACQUES, bas, à part.

Voici justement ce qu'il me faut pour me venger de notre intendant. Depuis qu'il est entré céans il est le favori, on n'écoute que ses conseils, et j'ai aussi sur le cœur les coaps de bâton de tantôt.

HARPAGON

Qu as-tu à ruminer?

LE COMMISSAIRE, à Harpagon.

Laissez-le faire. Il se prépare à vous contenter ; et je tous ai bien dit qu'il était honnête homme.

MAÎTRE JACQUES

Monsieur, si vous voulez que je vous dise les choses, je crois que c'est monsieur votre cher intendant qui a fait le coup.

HARPAGON

Valèrel

MAÎTRE JACQUES

Oui.

HARPAGON

Lui! qui me parait si fidèle?

MAÎTRE JACQUES

Lui-même. Je crois que c'est lui qui vous a dérobé.

HARPAGON

Et sur quoi le crois-tu?

MAÎTRE JACQUES

Sur quoi?

HARPAGON

Oui.

MAÎTRE JACQUES

Je le crois... sur ce que je le crois.

LE COMMISSAIRE

Mais il est nécessaire de dire les indices que vous avez.

HARPAGON

L'as- tu vu rôder autour du lieu où j'avais mis mon argent ?

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