‹ ŒuvresChapitre 195 sur 599 · CLAUDINE, LUBIN · texte numérisé non relu

CLAUDINE, LUBIN

CLAUDINE

Oui, j'ai bien deviné qu'il fallait que cela vint de toi, et que tu l'eusses dit à quelqu'un qui l'ait rapporté à notre maître.

AOTB II, BCÈNE I. 247

LUBIN

Par ma foi ! je n'en ai touché qu'un petit mot, en passant, à un homme, afin qu'il ne df t point qu'il m'avait v u sortir ; et il faut que les gens, en ce pays-ci, 8<nent de grands babillards !

CLAUDINE

Vraiment, ce monsieur le vicomte a bien choisi son monde, I qne de te prendre pour son ambassadeur, et il s'est al lé servir i là d'un homme bien chanceux.

I UJBIN.

J Va, une autre fois je serai plus fin^ et je prendrai mieux garde à moi.

CLAUDINE

Oui, oui, il sera temps !

LUBIN

I Ne parlons plus de cela. Ecoute.

' CLAUDINE

Que veux-tu que j'écoute?

LUBIN

Tourne un peu ton visage devers moi.

; CLAUDINE

Eh bien! qu'est-ce?

LUBIN

Claudine.

CLAUDINE

Quoi?

LUBIN

Eh! là 1 ne sais-tu pas bien ce que je veux dire?

CLAUDINE

Non.

LUBIN

Morgue 1 je t'aime.

Tout de bon.'

LUBIN

Oui, le diable m'emporte 1 Tu me peux croire, puisque j'en jore.

CLAUDINE

A la bonne heure.

LUBIN

Je me sens tout tribouiller (1) le cœur, quand je te regarde.

CLAUDINE

Je m'en réjouis.

LUBIN

Comment est-ce que tu fais pour être si jolie?

0) Trwbler, remuer. Ce mot est très anden.

248 GEORGE DANDIN

CLAUDINE

Je fais comme font les autres.

LUBIN

Vois-tu, il ne faut pas tant de beurre pour faire na quarteron; si tu veux, tu seras ma femme, je serai ton mari, et nous serons tous deux mari et femme.

CLAUDINE

Tu serais peut-être jaloux comme notre mattre.

LUBIN

Point.

CLAUDINE

Pour moi, je hais les maris soupçonneux, et j'en veux un qui ne s'épouvante d« rien ; un si plein de confiance et si sûr de ma chasteté, qu'il me vît sans inquiétude au milieu de trente hommes.

LUBIN

Eh bien ! je serai tout comme cela.

CLAUDINE

C'est la plus sotte chose du monde que de se défier d'une femme et de la tourmenter La vérité de l'afTaire est ([u'on n'y gagne rien de bon : cela nous fait songer à mal ; et ce sont souvent les maris qui, avec leurs vacarmes, se font eux-mêmes ce qu'ils sont.

LUBIN

Eh bien ! je te donnerai la liberté de faire tout ce qu'il te plaira.

CLAUDINE

Voilà comme il faut faire pour n'être point trompé. Lorsqu'un mari se met à notre discrétion, nous ne prenons de liberté que ce qu'il nous en faut; et il en est comme avec ceux qui nous ouvrent leur bourse, et nous disent : Prenez. Nous en usons honnêtement, et nous nous contentons de la raison. Mais ceux qui nous, chicanent, nous nous efforçons de les tondre, et nous ne les épargnons point.

LUBIN

Va, je serai de ceux qui ouvrent leur bourse, et tu n'as qu'à te marier avec moi.

Eh bien ! bien, nous verrons.

LUBIN

Viens donc ici, Claudine.

CLAUDINE

Que veux - lu .^

LUBIN

Viens, te dis-je.

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