M.4RUNE
De me donner la mort, si l'on me violente.
DORINE
Fort bien. C'est un recours où je ne songeais pas ; Vous n'avez qu'à mourir pour sortir d'embarras. Le remède sans doute est merveilleux. J'enrage Lorsque j'entends tenir ces sortes de langage.
MARIANE
Mon Dieu ! de quelle humeur, Dorine, tu te rends! Tu ne compatis point aux déplaisirs des gens.
bOUINE.
Je ne compatis point à qui dit des sornettes, Et , dans l'occasion , mollit comme vous faites.
MARIANE
Mais que veux-tu? si j'ai de la timidité...
DORINE
Mais l'amour dans un cœur veut de la fermeté.
Mais n'en gardé-je pas pour les feux de Valère, Et n'est-ce pas à lui de m'obtenir d'un père ?
DORINE
Mais quoi ! si votre père est un bourru fieffé, Qui s'est de son Tartufe entièrement coiffé, Et manque à l'union qu'il avait arrêtée , La faute à votre amant doit-elle être imputée?
• ACTE n, SCÈNE HI. 35
MARIANE
Mais, par un haut refas et d'éclatants mépris, Ferai-je, dans mon choix, voir un cœur trop épris? Sortirai-je pour lui, quelque éclat dont il brille. De la pudeur du sexe et du devoir de fille 2 Et veux-tu que mes feux par le monde étalés...
DORINE
Non, non, je ne veux rien. Je vois que vous voulez Être à monsieur Tartufe ; et j'aurais, quand j'y pense. Tort de vous détourner d'une telle alliance. Quelle raison aurais-je à combattre vos vœux? Le parti de soi-même est fort avantageux. Monsieur Tartufe ! oh! oh! n'est-ce rien qu'on propose ? Certes, monsieur Tartufe, à bien prendre la chose, N'est pas un homme, non, qui se mouche du pied ; Et ce n'est pas peu d'heur que d'être sa moitié. Tout le monde déjà de gloire le couronne ; Il est noble chez lui, bien fait de sa personne; Il a l'oreille rouge et le teint bien fleuri : Vous vivrez trop contente avec un tel mari.
HARIANE.
Mon Dieu!...
Quelle allégresse aurez- vous dans votre âme Quand d'un époux si beau vous vous verrez la femme!
HARIANE.
Ah ! cesse, je te prie, un semblable discours ; Et contre cet hymen ouvre-moi du secours. C'en est fait, je me rends, et suis prête à tout faire.
DORINE. Oi^
Non, il faut qu'une fille obéisse à son père,
Voulût-il lui donner un singe pour époux.
Votre sort est fort beau : de quoi vous plaignez-vous ?
Vous irez par le coche en sa petite ville,
Qu'en oncles et cousins vous trouverez fertile ,
Et vous vous plairez fort à les entretenir.
D'abord chez le beau monde on vous fera venir.
Vous irez visiter, pour votre bienvenue,
Madame la baillive et madame l'élue,
Qui d'un siège pliant vous feront honorer.
Là, dans le carnaval, vous pourrez espérer
Le bal et la grand'bande, à savoir, deux musettes,
Et parfois Fagotin et les marionnettes ; .
Si pourtant votre époux...
36 LE TABTUFB.
MÂRIANE.
Ah ! tu me fais mourîir.
De tes conseils plutôt songe à me secourir
DORINE
Je suis votre servante.
MARIANE
Hé! Dorine, de grâce...
DORINE
Il faut, pour vous punir, que cette affaire passe.
MARIANE
Ma pauvre fille !
DORINE
Non.
MARIANE
Si mes vœux déclarés...
DORINE
Point. Tartufe est votre homme, et vous en tàterez.
MARIANE
Tu sais qu'à toi toujours je me suis confiée : Fais-moi...
DORINE
Non, vous serez, ma foi, tartufiée.
Eh bien I puisque mon sort ne saurait t'émouvoir» Laisse-moi désormais toute à mon désespoir : C'est de lui que mon cœur empruntera de l'aide ; Et je sais de mes maux l'infaillible remède. (•Mariane veut s'en aller.) DORINE.
Hé ! là, là, revenez. Je quitte mon courroux. 11 faut, nonobstant tout, avoir pitié de vous.
MARIANE
Vois-tu, si l'on m'expose à ce cruel martyre. Je te le dis, Dorine, il faudra que j'expire.
DORINE
Ne vous tourmentez point. On peut adroitement Empêcher... Mais voici Valère» votre amant.