‹ ŒuvresChapitre 247 sur 599 · ACTE I, SCÈNE XI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE XI

PREMKR MÉDECIN.

liions, des sièges.

(Des laquais eairent et donnent des sièges.) MONSIEUR DE PÙURCEÂUGNAG , à part.

Voilà, pour un jeune homme, des domestiques bien lu-

PREMIER MEDECIN

Allons, Monsieur; prenez votre place, Monsieur. {Les deux médecins font asseoir monsieur de Pourceaugnac entre eux deux.) MONSIEUR DE POURCEAUGNAC, s'asseyant.

Votre très humble valet. ( Les deux médecins lui prenant cha- <-un une main pour lui tâter le pouls.) Que veut dire Cela ? PREMIER MÉDECIN.

Mangez-Yous bien. Monsieur.

Oui, et bois encore mieux.

PREMIER MÉDECIN

Tant pis. Cette grande appétition du froid et de l'humide est une indication de la chaleur et sécheresse qui est au dedans. Dormez-vous fort ?

Oui , quand j'ai bien soupé.

PREMIER MÉDECIN

Faites-Yous des songes ?

Quelquefois.

PREMIER MÉDECIN

De quelle nature sont-ils?

De la nature des songes. Quelle diable de conversation «st-ce là?

PREMIER MÉDECIN

Vos déjections, comment sont-elles?

Ma foi, je ne comprends rien à toutes ces questions; et je veux plutôt boire un coup.

PREMIER MÉDECIN

Un peu de patience : nous allons raisonner sur votre affaire devant vous ; et nous le ferons en français, pour être pins intelligibles.

Quel grand raisonnement faut-il pour manger un morceau ?

29« M. DE POUBCEAXrGNAC.

PREMIER MéDBCm.

Comme ainsi soit qu'on ne puisse guérir une maladie qu-on ne la connaisse parfaitement, et qu'on ne la puisse parfaitement connaître sans en bien établir l'idée particulière et la véritable espèce, par ses signes diagnostiques et prognostiques (1); vous me permettez, Monsieur notre ancien, d'entrer en considération de la maladie dont il s'agit, avant que de toucher à la thérapeutique (2), et aux remèdes qu'il nous conviendra faire pour la parfaite curation d'icelle. Je dis donc, Monsieur, avec votre permission, que notre malade ici présent est malheureusement attaqué, affecté, possédé, travaillé de cette sorte de folie que nous nommons fort bien mélancolie hypocondriaque; espèce de folie très fâcheuse, et qui ne demande pas moins qu'un Esculape comme vous, consommé dans notre art; vous, dis-je, qui avez blanchi, comme on dit, sous le harnois, et auquel il en a tant passé par les mains, de toutes les façons. Je l'appelle mélancolie hypocondriaque, pour la distinguer des deux autres ; car le célèbre Galien établit doctement, à son ordinaire, trois espèces de cette maladie, que nous nommons mélancolie, ainsi appelée, non seulement par les Latins, mais encore par les Grecs ; ce qui est bien à remarquer pour notre affaire : la première, qui vient du propre vice du cerveau ; la seconde, qui vient de tout le sang, fait et rendu atrabilaire ; la troisième, appelée hypocondriaque, qui est la nôtre, laquelle procède du vice de quelque partie du bas- ventre et de la région inférieure, mais particulièrement de la rate, dont la chaleur et l'inflammation portent au cerveau de notre malade beaucoup de fuligines épaisses et crasses, dont la vapeur noire et maligne cause dépravation aux fonctions de la faculté princesse, et fait la maladie dont, par notre raisonnement, il est manifestement atteint et convaincu. Qu'ainsi ne soit : pour diagnostique incontestable de ce que je dis, vous n'avez qu'à considérer ce grand sérieux que vous voyez; cette tristesse accompagnée de crainte et de défiance, signes pathognomoniques et individuels de cette maladie, si bien marquée chez le divin vieillard Hippocrate ; cette physionomie, ces yeux rouges et hagards, cette grande barbe, cette habitude du corps, menue, grêle, noire et velue ; lesquels signes le déno-

(1) On uppeUle rignes diagnostiqnes les symptômes qui fnctiqnent U lutare des maladies ; et sigrnes proirnostiqaes , ceux par lesquels on devine les efflets que la maladie doit prodolre. (L. B.)

(S) Antre terme de médecine qui indique la partie de cette science qui enseigne la manière de tniter et de guérir les maladies. (L. B.)

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