‹ ŒuvresChapitre 376 sur 599 · ACTE I, SCÈNE n · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE n

deoce de son amour, et me mena voir cette fille, que je tronicai belle, à la Térité, mais non pas tant qu'il yoûlait que je la trouvasse. Il ne m'entretenait que d'elle chaque jour, m'exagérait à tous moments sa beauté et sa grâce, me louait son esprit, et me parlait avec transport des charmes de son entretien, dont il me rapportait jusqu'aux moindres paroles, qu'il s'efforçait toujours de me faire trouver les plus spirituelles du monde. Il me querellait quelquefois de n'être pas assez sensible aux choses qu'il me venait dire, et me blâmait sans cesse de l'indifférence où j'étais pour les feux de l'amour.

Je ne vois pas encore où ceci veut aller.

OCTAYE.

Un jour que je l'accompagnais pour aller chez les gens qui gardent l'objet de ses yœux, nous entendîmes, dans une petite maison d'une me écartée, quelques plaintes mêlées de beaucoup de sanglots. Nous demandons ce que c'est ; une femme nous dit, en soupirant, que nous pouvions voir là quelque chose de pitoyable en des personnes étrangères, et qu'à moins d'être insensibles, nous en serions touchés. scApm.

Où est-ce que cela nous mène?

OCTAVE

La curiosité me fit presser Léandre de voir ce que c'était. XoQg entrons dans une salle, où nous voyons une vieille femme mourante, assistée d'une servante qui faisait des regrets, et d'une jeune fille toute fondante en larmes, la plus belle et la pliu touchante qu'on puisse jamais voir.

Ah! ah!

OCTAVE

Une autre aurait paru effroyable en l'étal où elle était ; car elle n'avait pour habillement qu'une méchante petite jupe, arec des brassières de nuit, qui étaient de simple futaine ; et sa coiffure était une cornette jaune, retroussée au haut de sa t^le, qui laissait tomber en désordre ses cheveux sur ses ê|)aiiles; et cependant, faite comme cela, elle brillait de mille attraits, et ce n'était qu'agréments et que charmes que toute sa personne.

SCAprN.

Je sens venir la chose.

OCTAVE

Si tu l'avais vue, Scapin, en l'état que je te dis, tu l'aurais trouvée admirable.

MOUÈRE. — T. II. ^*

434 LES FOUBBEBIES DE SOAPIN.

scApm.

Oh ! je n'en doute point ; et, sans l'aToir Tue, je Tois bien qa'elle était tout à fait charmante.

OCTAVE

Ses larmes n'étaient point de ces larmes désagréables qui défigurent un risage; elle avait à pleurer une grâce touchante, et sa douleur était la plus belle du monde.

Je vois tout cela.

OCTAVE

Elle faisait fondre chacun en larmes, en se jetant amoureusèment sur le corps de cette mourante, qu'elle appelait sa chère mère; et il n'y avait personne qui n'eût l'âme percée de voir un si bon naturel.

' En effet, cela est touchant ; et je vois bien que ce bonna* turel-Ià vous la fit aimer.

OCTAVE

Ah! Seapin, un barbare l'aurait aimée.

Assurément. Le moyen de s'en empêcher !

OCTAVE

Après quelques paroles, dont je tâchai d'adoucir la douleur de cette charmante affligée, nous sortîmes de là; et demandant à Léandre ce qu'il lui semblait de cette personne, il me répondit froidement qu'il la trouvait assez jolie. Je fus piqué de la froideur avec laquelle il m'en parlait, et je ne voulue poiat lui découvrir Teffet que ses beautés avaient fait sur mon âme.

SILVBSTRE, à Octaye.

Si vous n'abrégez ce récit, nous en voilà pour jusqu'à demain. Laissez-le-moi finir en deux mots, (a Sc8t>in.) Sonccenr prend feu dès ce moment ; il ne saurait plus vivre qu'il n'aille consoler son aimable afnigée. Ses fréquentes visites sont rejetées de la servante, devenue la gouvernante par le trépas de la mère. Voilà mon homme au désespoir; il presse, supplie, conjure : point d'affaire. On lui dit que la fille, quoique sans bien et sans appui, est de famille honnête, et qu'à moins que de l'épouser on ne peut souffrir ses poursuites. Voilà son amour augmenté parles difficultés. 11 consulte dans sa tête, agite, raisonne, balance, prend sa résolution : le voilà marié avec elle depuis trois jours.

J'entends.

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