ACTE I, SCÈNE VI
8CAPIN.
J'ai bien onî parler de quelque petite chose.
AKGAFITE.
Comment I quelque petite chose! Une action de cette nature I
Vous avez quelque raison.
ARGANTB.
Une hardiesse pareille à celle-là l
Cela est yrai.
ARGANTE
. Un fils qui se marie sans le consentement de son pèrel
Oui, il y a quelque chose à dire à cela. Mais- je serais d'aris que vous ne fissiez point de bruit.
ARGANTE
Je ne suis pas de cet avis, moi ; et je veux faire du bruit tout mon soûl. Quoi! tu ne trouves pas que j'aie tous les sujets du monde d'être en colère ?
Si fait. J'y ai d'abord été, moi, lorsque j'ai su la chose; et je me suis intéressé pour vous, jusqu'à quereller votre fils. Demandez-lui un peu quelles belles réprimandes je lui ai faites, et comme je l'ai chapitré sur le peu de respect qu'il gardait à un père dont 11 devait baiser les pas. On ne peut pas lui mieux parler, quand ce serait vous-même. Mais quoi! je me suis rendu à la raison, et j'ai considéré que, dans le fond, il n'a pas tant de tort qu'on pourrait croire.
ARGANTE
Que me viens-tu conter ? Il n'a pas tant de tort de s'aller marier de but en blanc avec une inconnue ?
Que voulez- vous? Il y a été poussé par sa destinée.
ARGANTE
Ah! ah! Voici une raison la plus belle du monde. On n'a plus qu'à commettre tous les crimes imaginables, tromper, voler, assassiner, et dire, pour excuse, qu'on y a été poussé par sa destinée.
Mon Dieu! vous prenez mes paroles trop en philosophe. Je veux dire qu'il s'est trouvé fatalement engagé dans cette affaire.
442 LES FOUBBEBIES DE SOAFIN.
ARGANTB.
Et pourquoi s'y engageait-il ?
SGAI*IIf.
Voulez-Yous qu'il soit aussi sage que y<9is? Les jeunes gens sont jeunes, et n'ont pas toute la prudence qu'il leur faudrait pour ne rien faire que de raisonnable ; témoin notre Léandre, qui, malgré toutes mes leçons, malgré toutes mes remontrances, est allé faire, de son côté, pis encore que votre fils. Je Voudrais bien savoir si Tous-mème n'avez pas été jeune, et n'avez pas, dans votre temps, fait des fredûnés comme les autres. J'ai ouï dire, moi, que vous avez été autrefois un bon compagnon parmi les femmes; que vous faisiez de votre drôle avec les plus galantes de ce tempslà (1), et que vous n'en approchiez point que vous ne poussassiez à bout.
àugantb.
Cela est vrai, j'en demeure d'accord ; mais je m'en suis toujours tenu à la galanterie, et je n'ai point été jusqu'à faire ce qu'il a fait.
Que vouliez-vous qu'il fit.' 11 voit une jeune personne qui lui veut du bien (car il tient cela de vous, d'être aimé de toutes les femmes) -, il la trouve charmante, il lui rend des visites, lui conte des douceurs, soupire galamment, fait le passionné. Elle se rend à sa poursuite; il pousse sa fortune. Le voilà surpris avec elle par ses parents, qui, la force à la main, le contraignent de l'épouser.
SILVESTRB, à part.
L'habile fourbe que voilà!
Eussiez- vous voulu qu'il se fût laissé tuer? Il vaut mieux encore être marié qu'être mort.
ARGANTE
On ne m'a pas dit que l'affaire se soit ain^ passée.
SCAPIN , montrant Sylvestre.
Demandez-lui plutôt ! il ne vous dira pas le contraire.
ARGANTE, à Silvestre.
C'est par force qu'il a été marié?
Oui, Monsieur.
(i; Du t«mpg d« Molière, lo mot drSte Bfflrniflait çatllardi pUùsant, H Remploie enoore en ee sens dans quelques Tilles de proyinoe j l'exp^ssion foin d» drôle avec les Jkntmu n'est plus d'usege.