ZERBINETTE, HYACINTHE, SCAPIN, SILVESTRE
SILTESTRE.
Oui , VOS amants ont arrêté entre eux que vous fussiez ensemble ; et nous nous acquittons de l'ordre qu'ils nous ont donné.
HYACINTHE, à Zerbinette.
Un tel ordre n'a rien qui ne me soit fort agréable. Je reçois avec joie une compagne de la sorte ; et il ne tiendra pas à moi que l'amitié qui est entre les personnes que nous aimons ne se répande entre nous deux.
ZERBINETTE.
J'accepte la proposition, et ne suis point personne à reculer lorsqu'on m'attaque d'amitié.
Et lorsque c'est d'amour qu'on vous attaque,?
ZERBINETTE.
Pour l'amour, c'est une autre chose; on y court un peu plus de risque, et je n'y suis pas à hardie.
Vous l'êtes , que je crois , contre mon maître maintenant ; et ce qu'il vient de faire pour vous doit vous donner du cœur pour répondre comme il faut à sa passion.
ZERBINETTE.
Je ne m'y fie encore que de la bonne sorte ; et ce n'est pas assez pour «l'assurer (t) entièrement, que ce qu'il, vient de faire. J'ai l'humeur enjouée, et sans cesse je ris : mais, tout en riant, je suis sérieuse sur de certains chapitres ; et ton maître s'abusera, s'il croit qu'il lui suffise de m'avoir achetée pour me voir toute à lui. Il doit lui en coûtée autre chose que de l'argent ; et, pour répondre à son amour de la manière qu'il souhaite, il me faut un don de sa foi, qui soit assaisonné de certaines cérémonies qu'on trouve nécessaires.
C'est là aussi comme il l'entend. Il ne prétend à vous
O; Oe mot w disait autrefois pow rataurtr.
qu'en tout bien et en tout honneur; et je n'aurais pas été homme à me mêler de cette affaire, s'il avait une autre pensée.
ZERBINETTE.
C'est ce que je reux croire, puisque vous me le dites; mais , du côté du père , j'y prévois des empêchements.
Nous trouverons moyen d'accommoder les choses.
HYACINTHE, à ^erbinette.
La ressemblance de nos destins doit contribuer encore à faire naître notre amitié ; et nous nous voyons toutes deax dans les mêmes alarmes, toutes deux exposées à la même infortune.
ZERBINETTE.
Vous avez cet avantage au moins, que vous savez de qui vous êtes née, et que l'appui de vos parents, que vous pouTez faire connaître, est capable d'ajuster tout, peut assurer votre bonheur, et faire do&ner un consentement au mariage qu'on trouve fait. Mais, pour moi, je ne rencontre aucun secours dans ce que je puis être; et l'on me voit dans un état qui n'adoucira pas les volontés d'un père qui ne regarde que le bien.
HYACINTHE
Mais aussi avez- vous cet avantage, que l'on ne tente point, par un autre parti, celui que vous aimez.
ZERBINETTE.
Le changement du cœur d'un amant n'est pas ce qu'on peut le plus craindre. On se peut naturellement croire assez de mérite pour garder sa conquête ; et ce que je vois de plus redoutable dans ces sortes d'affaires, c'est la puissance paternelle, auprès de qui tout le mérite ne sert de rien.
HYACINTHE
Hélas! pourquoi faut-il que de justes inclinations se trouvent traversées? La douce chose que d'aimer, lorsque l'on ne voit point d'obstacles à ces aimables chaînes dont deux cœurs se lient ensemble !
SGAPm.
Vous vous moquez ! la tranquillité en amour est un calme désagréable. Un bonheur tout uni nous devient ennuyeux; il faut du haut et du bas dans la vie; et les difficultés qui se mêlent aux choses réveillent les ardeurs, augmentent les plaisirs.
ZERBINETTE.
Mon Dieu, Scapin, fais-nous un peu ce récit, qu'on m'a