ACTE in, SOÉNE TH
ZERBINETTE.
Cela ne tous regarde point, et je ris toute seule d'un conte qu'on Tient de me faire, le plus plaisant qu'on puisse entendre. Je ne sais pas si c'est parce que je suis intéressée dan» la chose; mais je n'ai jamais trouvé rien de si drôle qu*un tour qui Tient d'être joué par un fils à son père pour en at» traper de l'argent.
GÉRONTE
Par un fils h son père, pour en attraper de l'argent?
ZERBUfETTE.
Oui. Pour peu que tous me pressiez, tous nàe trouTerez assez disposée à tous dire l'affaire ; et j'ai une démangeaison naturelle à taire part des contes que je sais.
GÉRONTE
Je TOUS prie de me dire cette histoire.
ZERBINETTE.
Je le Teux bien. Je ne risquerai pas grand'chose â tous la dire, et c'est une aTcnture qui n'est pas pour être longtemps secrète. La destinée a touIu que je me trouTasse parmi une bande de ces personnes qu^on appelle Égyptiens, et qui, rôdant de proTince en proTince, se mêlent de dire la bonne fortune, et quelquefois de beaucoup d'autres choses. En arri- Tant dans cette Tille, un jeune homme me Tit, et conçut pour moi de l'amour. Dès ce moment il s'attacha à mes pas ; le Toilà d'abord, comme tous les jeunes gens, qui croient qu'il n'y a qu'à parler, et qu'au moindre mot qu'ils nous disent, leurs affaires sont faites; mais il trouTa une fierté qui lui fit un peu corriger ses premières pensées. Il fit connaître sa passion aux gens qui me «tenaient, et il les trouTa disposés â me laisser à lui, moyennant quelque somme. Mais le mal de l'affeire était que mon amant se trouTait dans l'état où l'onToit très souTent la plupart des fils de famille, c'ést-à-dire qu'il était un peu dénué d'argent. Il a un père qui, quoique riche, était un aTaricieux fieffé, le plus Tilain homme du monde. Attendez. Ne me saurais-je souTenir de son nom? Haie. Aidezmoi un peu. NepouTez-Tous me nommer quelqu'un de cette ville qui soit connu pour être un aTare au dernier point?
GÉRONTE
Non.
ZERBINETTE.
Ilyaàsonnomduron... route... Or...Oronte. Non. Gé... Géronte. Oui, Géronte, justement; Toilà mon Tilain; je l'ai trouvé ; c'est ce ladre-là que je dis. Pour Tenir à notre conte, nos gens ont touIu aujourd'hui partir de cette ville; et mon
amant m'allait perdre, faute d'argent, si poar en tirer de son père, il n'avait trouvé du secours dans l'industrie d'un ser- Titeurqu'ila. Pour le nom du serviteur, je le sais émerveille: il s'appelle Scapin; c'est un homme incomparable, et il mérite toutes les louanges qu'on peut donner. GÉRONTE, h part.
Ah ! coquin que tu es I
ZERBINETTE.
Voici le stratagème dont il s'est servi pour attraper sa dope. Ah, ah, ah, ah. Je ne saurais m'en souvenir, que je ne rie de tout mon cœur. Ah, ah, ah. Il est allé trouver ce chien davare, ah, ah, ah, et lui a dit qu'en se promenant sur le port avec son fils, hi, hi, ils avaient vu une galère turque, où on les aTait invités d'entrer ; qu'un jeune Turc leur y avait donné la collation, ah ; que, tandis qu'ils mangeaient, on avait mis la galère en mer, et que le Turc l'avait renvoyé lui seul à terre dans un esquif, avec ordre de dire au père de son maître qu'il emmenait son fils en Alger, s'il ne lui envoyait tout à l'heure cinq cents écus. Ah, ah, ab. Voilà mon ladre, mon vilain dans de furieuses angoisses; et la tendresse qu'il a pour son fils fait un combat étrange avec son avarice. Cinq cents écus qu'on lui demande sont justement cinq cents coups de poignard qu'on lui donne. Ah, ah, ah. Il ne peut se résoudre à tirer cette somme de ses entrailles ; et la peine qu'il souffre lui fait trouver cent moyens ridicules pour ravoir son fils. Ah, ah, ah. Il veut envoyer la justice en mer après la galère du Turc. Ah, ah, ah. Il sollicite son valet de s'aller offrir à tenir la place de son fils, jusqu'à ce qu'il ait amassé l'argent qu'il n'a pas envie de donner. Ah, ah» ah. Il abandonne., pour faire les cinq cents écus, quatre ou cinq vieux habits qui n'en valent pas trente. Ah, ah, ah. Le valet lui fait comprendre à tous coups l'impertinence de ses propositions ; et chaque réflexion est douloureusement accompagnée d'un : Mais que diable aUait-il faire dans cette galère? Ah ! maudite galère! traître de Turc I Enfin, après plusieurs détours, après avoir . longtemps gémi et soupiré... Mais il me semble que vous ne riez point de mon conte ; qu'en dites- vous ?
GKRONTE.
Je dis que le jeune homme est un pendard, un insolent, qui sera puni par son père du tour qu'il lui a fait ; que l'Égyptien ne.est une malavisée , une impertinente, de dire des injures à un homme d'honneur, qui saura lui apprendre à venir ici débaucher les enfants de famille ; et que le valet est un