‹ ŒuvresChapitre 43 sur 599 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

Mais tirez cette porte ayant qu'on vous les dise, Et regardez partout , de crainte de surprise.

(Tartafe va fermer la porte , et revient.) Une affaire pareille à celle de tantôt M'est pas assurément ici ce qu'il nous faut : Jamais il ne s'est vu de surprise de même. Damis m'a fait pour vous une frayeur extrême; Et vous avez bien yu que j'ai fait mes efforts Pour rompre son dessein et calmer ses transports. Mon trouble, il est bien yrai, m'a si fort possédée, Que de le démentir je n'ai point eu l'idée : Mais par là , grâce au ciel , tout a bien mieux été , Et les choses en sont en plus de sûreté. L'estime où l'on vous tient a dissipé l'orage. Et mon mari de <vom ne peut prendre d'ombrage. Pour mieux braver l'éclat des mauvais jugements, Il veut que nous soyons ensemble à tous moments ; Et c'est par où je puis, sans peur d'être blâmée, Me trouver ici seule avec vous enfermée, Et ce qui m'autorise à vous ouvrir un cœur Un peu trop prompt peut-être à souffrir votre ardeur.

Ce langage à comprendre est assez difficile. Madame ; et vous parliez tantôt d'un autre style.

EUimE.

Ah! si d'un tel refus vous êtes en courroux,

Que le cœur d'une femme est mal connu de vous !

Et que vous savez peu ce qu'il veut faire entendre

Lorsque si faiblement on le voit se défendre 1

Toujours notre pudeur combat, dans ces moments.

Ce qu'on peut nous donner de tendres sentiments.

Quelque raison qu'on trouve à l'amour qui nous dompte,

On trouve à l'avouer toujours un peu de honte.

On s'en défend d'abord : mais de l'air qu'on s'y prend

On fait connaître assez que notre cœur se rend ;

Qu'à nos vœux, par honneur, notre bouche s'oppose,

Et que de tels refus promettent toute chose.

C'est vous faire, sans doute, un assez libre aven.

Et sur notre pudeur me ménager bien peu.

Mais, puisque la parole enfin en est lâchée;

À retenir Damis me serais-je attachée ;

Aurais-je , je vous prie , avec tant de douceur

Écouté tout au long l'offre de votre cœur ;

Aurais-je pris la chose ainsi qu'on m'a vu faire.

Si l'offre de ce cœur n'eût eu de quoi me plaire?

Et , lorsque j'ai voulu moi-même vous forcer

A refuser l'hymen qu'on venait d'annoncer,

Qu'est-ce que cette instance a dû vous faire entendre ,

Que l'intérêt qu'en vous on s'avise de prendre ,

Et l'ennui qu'on aurait que ce nœud qu'on résout

Vint partager du moins un cœur que l'on veut tout?

C'est sans doute , Madame , une douceur extrême

Que d'entendre ces mots d'une bouche qu'on aime ;

Leur miel dans tous mes sens fait couler à longs traits

Une suavité qu'on ne goûta jamais.

Le bonheur de vous plaire est ma suprême étude ,

Et mon cœur de vos vœux fait sa béatitude ;

Mais ce cœur vous demande ici la liberté

D'oser douter un peu de sa félicité.

Je puis croire ces mots un artifice honnête

Pour m'obliger à rompre un hymen qui s'apprête ;

Et , s'il faut librement m'expliquer avec vous ,

Je ne me fierai point à des propos si doux ,

Qu'un peu de vos faveurs, après quoi je soupire,

Ne vienne m'assurer tout ce qu'ils m'ont pu dire ,

Et planter dans mon âme une constante foi

Des charmantes bontés que vous avez pour moi.

ELMIRE , après avoir toussé pour avertir son mari. Quoi? vous voulez aller avec cette vitesse, Et d'un cœur tout d'abord épuiser la tendresse? On se tue à vous faire un aveu des plus doux; Cependant ce n'est pas encore assez pour vous? Et l'on ne peut aller jusqu'à' vous satisfaire , Qu'aux dernières faveurs on ne pousse l'affaire?

Moins on mérite un bien , moins on l'ose espérer. Nos vœux sur des discours ont peine à s'assurer. On soupçonne aisément un sort tout plein de gloire. Et l'on veut en jouir avant que de le croire. Pour moi, qui crois si peu mériter vos bontés, Je doute du bonheur de mes témérités; Et je ne croirai rien , que vous n'ayez , Madame, Par des réalités su convaincre ma flamme.

ELMIRE

Mon Dieu ! que votre amour en vrai tyran agit t Et qu'en un trouble étrange il me jette l'esprit I Que sur les cœurs il prend un furieux empire l

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