‹ ŒuvresChapitre 435 sur 599 · LA COMTESSE D'ESCARBAGNAS · texte numérisé non relu

LA COMTESSE D'ESCARBAGNAS

qae ron'veut Toir la revue, ou le grand ballet de Psyché^ on est servie à point nommé.

JULIE

Je pense, Madame, que, durant votre à séjour à Paris, voas avez bien fait des conquêtes de qualité.

LA COMTESSE

Vous pouvez bien croire, Madame, que tout ce qui s'appelle les galants de la cour n'a pas manqué de venir à ma porte^ et de m'en conter ; et je garde dans ma cassette de leurs billets, qui peuvent faire voir quelles propositions j'ai refusées. Il n^est pas nécessaire de vous dire leurs noms : on sait ce qu'on veut dire par les galants de la cour.

JULIE

Je m'étonne. Madame, que de tous ces grands noms que je devine, vous ayez pu redescendre à un monsieur Tibaudier, le conseiller, et à un monsieur Harpin, le receveur des tailles. La chute est grande, je vous l'avoue; car, pour monsieur votre vicomte, quoique vicomte de province, c'est toujours un vicomte, et il peut faire un voyage à Paris, s'il n'en a point fait : mais un conseiller et un receveur sont des amants un peu bien minces pour une grande comtesse comme vous.

LA COMTESSE

Ce sont gens qu'on ménage dans les provinces pour le besoin qu'on en peut avoir; ils servent au moins à remplir les vides de la galanterie, à faire nombre de soupirants ; et il est bon. Madame, de ne pas laisser un amant seul maître du terrain, de peur que, faute de rivaux, son amour ne s'endorme sur trop de confiance.

JULIE

Je vous avoue. Madame, qu'il y a merveilleusement à profiter de tout ce que voi}S dites ; c'est une école que votre conversation, et j'y viens tous les jours attraper quelque chose.

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