SCÈNE III
IfADÂME PERNELLE, 0R60N, ELICIRE, CLÉAI9TE, MAR1ANË, DAMIS, DORINE.
■ADAMB PERNELLB.
Qu'est-ce? J'apprends ici de terribles mystères I
ORGON
Ce sont des ilouTeautés dont mes yeux sont témoins; Et TOUS voyez le prix dont sont payés mes soins. Je recueille avec zèle un homme en sa misère , Je le loge, et le tiens comme mon propre frère; De bienfaits chaque jour il est par moi chargé; Je lui donne ma fille et tout le bien que j'ai : Et, dans le même temps, le perfide, l'infâme, Tente le noir dessein de suborner ma femme; Et, non content encor de ses lâches essais, 11 m'ose menacer de mes propres bienfaits, Et veut , à ma ruine , user des avantages Dont le viennent d'armer mes bontés trop peu sages, Me chasser de mes biens où je Tai transféré , Et me réduire au -point d'où je l'ai retiré!
DORINE
Le pauvre homme !
MADAME PER11ELLE
Mon fils, je ne puis du tout croire Qu'il ait voulu commettre une action si noire.
ORGON
Gomment I
MADAME PERNMLLI.
Les gens de bien sont enviés toujours.
ORGOTC.
Que voulez-vous donc dire avec votre discours. Ma mère?
MADAME PBRHELLB.
Que chez vous on vit d'étrange sorte , Et qu'on ne sait que trop la haine qu'on lui porte,
ORGON
Qu'a cette haine à faire avec ce qu'on vous dit?
MADAMB PBRNBLLE.
Je vou? l'ai dit ctui lois quand vous étiez petit :
La vertu dans le monde est toujours poursuivie; Les envieux mourront, mais non jamais l'envie.
ORGON
Mais c[ue fait ce discours aux choses d'aujourd'hui?
1IAD4HE PERNELLE.
On vous aura forgé cent sots contes de lui.
ORGON
Je vous ai dit déjà que j'ai vu tout moi-même.
MADyUIE PERNELLE.
Des esprits médisants la malice est extrême.
Vous me feriez damner, ma mère. Je vous di Que j'ai vu de mes yeux un crime si hardi.
MADAME PERNELLE
Les langues ont toujours du venin à répandre , Et rien n'est ici-bas qui s'en puisse défendre.
ORGON
C'est tenir un propos de sens bien dépourvu. Je l'ai vu, dis-je, vu, de mes propres yeux vu. Ce qu'on appelle vu. Faut-il vous le rebattre Aux oreilles cent fois, et crier comme quatre?
MADAME PERNELLE
Mon Dieu! le plus souvent l'apparence déçoit : Il ne faut pas toujours juger sur ce qu'on voit.
ORGON
J'enrage !
MADAME PERNELLE
Aux faux soupçons la nature est sujette , Et c'est souvent à mal que le bien s'interprète.
ORGON
Je dois interpréter à charitable soin Le désir d'embrasser ma femme!
MADAME PERNELLE
11 est besoin Pour accuser les gens , d'avoir de justes causes ; Et vous deviez attendre à vous voir sûr des choses,
ORGON
Hé! diantre! le moyen de m'en assurer mieux? Je devais donc , ma mère , attendre qu'à mes yeux Il eût... Vous me feriez dire quelque sottise.
MADAME PERNELLE
Enfin d'un trop pur zèle on voit son âme épriw? Et je ne puis du tout me mettre dans l'esprit Qu'il ait voulu tenter les choses que l'on dit.