‹ ŒuvresChapitre 500 sur 599 · ACTE IV, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE III

Et c'est en courtisan qu'il en prend la défense.

GLITANORE.

Vous en youlez beaucoup à cette pauvre cour; Et son malheur est grand de voir que, chaque jour, Vous autres beaux esprits vous déclamiez contre elle; Que de tous vos chagrins vous lui fassiez querelle, Et, sur son méchant goût lui faisant son procès, N'accusiez que lui seul de vos méchants succès. Permettez-moi, monsieur Trissotin, de vous dire, Avec tout le respect que votre nom m'inspire. Que vous feriez fort bien, vos confrères et vous, De parler de la cour d'un ton ton peu plus doux ; Qu'à le bien prendre, au fond, elle n'est pas si béte Que, vQus autres Messieurs, vous vous mettez en tête; Qu'elle a du sens commun pour se connaître à tout» Que chez elle on se peut former quelque bon goût. Et que l'esprit du monde y vaut, sans flatterie. Tout le savoir obscur de la pédanterie.

TRISSOTIN

De son bon goût, Monsieur, nous voyons des effets.

CLITANDRE

Où voyez-vous, Monsieur, qu'elle l'ait si mauvais ? •

TRISSOTIN

Ce que je vois. Monsieur? C'est que pour la science Rasius et Baldus font honneur à la France; Et que tout leur mérite, exposé fort au jour, N'attire point les yeux et les dons de la cour.

CLITANDRE

Je vois votre chagrin, et que, par modestie,

Vous ne vous mettez point. Monsieur, de la partie;

Et, pour ne vous point mettre aussi dans le propos,

Que font-ils pour l'État, vos habiles héros ?

Qu'est-ce que leurs écrits lui rendent de service.

Pour accuser la cour d'une horrible injustice.

Et se plaindre en tous lieux que sur leurs doctes noms

Elle manque à verser la faveur de ses dons?

Leur savoir à la France est beaucoup nécessaire !

Et des livres qu'ils font la cour a bien affaire !

Il semble à trois gredins, dans leur petit cerveau,

Que, pour être imprimés et reliés en veau.

Les voilà dans l'État d'importantes personnes ;

Qu'avec leur plume ils font les destins des couronnes;

Qu'au moindre petit bruit de leurs productions,

Ils doivent voir chez eux voler les pensions ;

Que sur eux l'unÎYers a la Tue attachée;

Que partout de leur nom la gloire est épanchée;

Et qu'en science ils sont des prodiges fameux,

Pour savoir ce qu'ont dit les autres avant eux,

Pour avoir eu trente ans des yeux et des oreilles,

Pour avoir employé neuf ou dix mille veilles

A se bien barbouiller de grec et de latin.

Et se charger l'esprit d'un ténébreux butiu

De tous les vieux fatras qui traînent dans les livres.

Gens qui de leur savoir paraissent toujours ivres;

Riches, pour tout mérite, en babil importun;

Inhabiles à tout, vides de sens commun ,

Et pleins d'un ridicule et d'une impertinence

A décrier partout l'esprit et la science.

PHILAMINTB.

Votre chaleur est grande ; et cet emportement De la nature en vous marque le mouvement. C'est le nom de rival qui dans votre âme excite...

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