ACTE I, SCÈNE V
ARGAN
Qui parle bien latin et grec.
ANGÉUQUE.
€*est ce que je ne sais pas.
ARGAN
Et qui sera reçu médecin dans trois jours.
ANGÉLIQUE
Lui, mon père?
ARGAN
Oui. Est-ce qu'il ne te Ta pas dit?
ANGÉLIQUE
Non, vraiment. Qui tous l'a dit, à tous?
ARGAN
Monsieur Purgon.
Est-ce que monsieur Purgon le connaît ?
ARGAN
La belle demande ! Il faut bien qu'il le connaisse, puisque c'est son neveu.
ANGÉLIQUE
Cléante, neveu de monsieur Purgon?
ARGAN
Quel Cléante ! Nous parlons de celui pour qui Ton t'a de* mandée en mariage.
ANGÉLIQUE
Hé! oui.
ARGAN
Eh bien! c'est le neveu de monsieur Purgon, qui est le (ils de son beau-frère le médecin, monsieur Diafoirus ; et ce fils s'appelle Thomas Diafoirus, et non pas Cléante ; et nous avons conclu ce mariage-là ce matin, monsieur Purgon, monsieur Fleurant, et moi; et demain ce gendre prétendu doit m'étre amené par son père. Qu'est-ce? vous voilà tout ébaubie!
ANGÉLIQUE
C'est, mon père, que je connais que vous avez parlé d'une personne, et que j'ai entendu une autre.
TOINETTB.
Quoi! Monsieur, vous auriez fait ce dessein burlesque? Et, avec tout le bien que vous avez, vous voudriez marier votre fille avec un médecin ?
ARGAN
Oui. De quoi te méles-tu, coquine, impudente que tu es?
TOmBTTE.
Mon Dieu ! tout doux. Vous allez d'abord aux invectives.
692 LE MALADE IMAGIRAIRE.
Est-ce que nous ne pouvons pas raisonner ensemble sans •nous emporter? Là, parlons de sang-froid. Quelle est votre raison, s'il vous plaît, pour un tel mariage?
Ma raison est que, me voyant infirme et malade comme je suis, je veux me faire un gendre et des alliés médecins, afin de m'appuyer de bons secours contre ma maladie, d'avoir dans ma famille les sources des remèdes qui me sont nécessaires, et d'être à même des consultations et des ordonnances.
TOINETTB.
Eh bien ! voilà dire une raison, et il y a plaisir à se répondre doucement les uns aux autres. Mais, Monsieur, mettez la main à la conscience : est-ce que vous êtes malade?
ARG.4N
Gomment, coquine ! si je suis malade I Si je suis malade, impudente !
TOINETTE
Eh bien I oui, Monsieur, vous êtes malade; n'ayons point de querelle là-dessps. Oui, vous êtes fort malade ; j'en demeure d'accord, et plus malade que vous ne pensez : voilà qui est fait. Mais votre fille doit épouser un mari pour elle; et, n'étant point malade, il n'est pas nécessaire de lui donner un médecin.
ARGAN
C'est pour moi que je lui donne un médecin ; et une fille de bon naturel doit être ravie d'épouser ce qui est utile à la santé de son père.
Ma foi, Monsieur, voulez- vous qu'en amie je vous donne un conseil ?
ARGAN
Quel est-il, ce conseil?
TOINETTE
De ne point songer à ce mariage-là.
ARGAN
Et la raison ?
TOINETTE
La raison, c'est que votre fille n'y consentira point
ARGAN
Elle n'y consentira point?
TOINETTE
■Non.
ARGAN
Ma fille?