‹ ŒuvresChapitre 55 sur 599 · ACTE V, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VII

Vous n'ireB pas fort loin pour trourer votre gîte; Et, delà part da prince, on tous fait prisonnier.

ORGON

Traître! tu me gardais ce trait pour le dernier : C'est le coup, scélérat, par où tu m'expédies; Et Toilà couronner toutes tes perfidies.

TARTUFB.

Vos injures n*ont rien à me pouToir aigrir; Et je suis, pour le ciel, appris à tout souffrir.

CLÉANTB.

La modération est grande, je l'ayoue.

DAHIS.

Comme du ciel l'infâme impudemment se joue !

Tons Tos emportements ne sauraient m'émouToir ; Et je ne songe à rien qu'à faire mon devoir.

MARUNB.

Vous avez de ceci grande gloire à prétendre;

Et cet emploi pour vous est fort honnête à prendre.

Un emploi ne saurait être que glorieux.

Quand il part du pouvoir qui m'envoie en ces lieux.

ORGON

Mais t*es-tu souvenu que ma main charitable, Ingrat, t'a retiré d'un état misérable?

Oui, je sais quels secours j'en ai pu recevoir ; Mais l'intérêt du prince est mon premier devoir. De ce devoir sacré la juste violence Étouffe dans mon cœur toute reconnaissance; Et je sacrifierais à de si puissants nœuds Ami, femme, parents, et moi-même avec eux.

ELMIRE

L'imposteur I

DORims.

Comme il sait de traîtresse manière Se faire un beau manteau de tout ce qu'on révère !

CLÉANTB.

Mais s'il est si parfait que vous le déclarez,

Ce zèle qui vous pousse et dont vous vous parez,

D'où vient que, pour paraître, il s'avise d'attendre

Qu'à poursuivre sa femme il ait su v«us surprendre,

Et que vous ne songez à l'aller dénoncer

Que lorsque son honneur l'oblige à vous chasser?

Je ne vous parle point, pour devoir en distraire, ^y

Du don de tout son bien qu'il venait de vous fairey. ^

Mais, le voulant traiter en coupable aujourd'hui , Pourquoi consentiez- vous à rien prendre de lui?

TARTUFE, à l'exempt.

Délivrez-moi, Monsieur, de la criaillerie;

Et daignez accomplir votre ordre, je vous prie.

l'exempt.

Oui, c'est trop demeurer, sans doute, à l'accomplir;: Votre bouche à propos m'invite à le remplir : Et, pour l'exécuter, suivez-moi tout à l'heure Dans la prison qu'on doit vous donner pour demeure ^

TARTCFE.

Qui ? moi, Monsieur .'

l'exempt.

Oui, vous.

Pourquoi donc la prison f.

l'exempt.

Ce n'est pas vous à qui j'en veux rendre raison.

(a Orgon.)

Remettez-vous, Monsieur, d'une alarme si chaude. Nous vivons sous un prince ennemi de la fraude, Un prince dont les yeux se font jour dans les cœurs, Et que ne peut tromper tout l'art des imposteurs. D'un fin discernement sa grande âme pourvue Sur les choses toujours jette une droite vue; Chez elle jamais rien ne surprend trop d'accès. Et sa ferme raison ne tombe en nul excès. Il donne aux gens de bien une gloire immortelle ; Mais sans aveuglement il fait briller ce zèle, Et l'amour pour les vrais ne ferme point son cœur A tout ce que les faux doivent donner d'horreur. Celui-ci n'était pas pour le pouvoir surprendre, Et de pièges plus fins on le voit se défendre. D'abord il a percé, par ses vives clartés, Des replis de son cœur toutes les lâchetés. Venant vous accuser, il s'est trahi lui-même, Et, par un juste trait de l'équité suprême. S'est découvert au prince un fourbe renommé, Dont sous un autre nom il était informé; Et c'est un long détaii d'actions toutes noires Dont on pourrait former des volumes d'histoires. Ce monarque, en un mot, a vers vous détesté

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