‹ ŒuvresChapitre 6 sur 599 · ACTE I, SCÈNE L · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE L

MADAME PERNELLE

C'est que je ne puis voir tout ce ménage- ci, Et que de me complaire on ne prend nul souci. Oui , je sors de chez tous fort mal édifiée : Dans toutes mes leçons j'y suis contrariée; On n'y respecte rien ; chacun y parle haut, Et c'est tout justement la cour du roi Pétaud (1).

DORINE

Si...

MADAME PERNELLE

Vous êtes, ma mie, une fille suîTante, Un peu trop forte en gueule, et fort inipMÎiMBle; Vous vous mèleB sur tout de dire vata» «via.

Mais...

Vous êtes un sot, en troig lettres, mon fils; C'est moi qui tous le dis, qui suis Yotre gnnd'mère; Et j'ai prédit cent fois à mon fils, votre père, / Que Yous preniez tout l'air d'un médiani gamnoent. Et ne lui donneriez jamais que du tourment.

MARIANE

Je crois...

MADAME PERKELLE.

Mon Dieu ! sa sœur, tous faites la discrète. Et TOUS n'y touchez pas, tant vous semblez doucette! Mais il n'est, comme on dit, pire eau que l'eau qui dort; Et vous menez, sous chape, un train que je hais fort (2).

ELMIRE

Mais, ma mère...

MADAME PERNELLE

Ma bru, qu'il ne vous en déplaise , Votre conduite en tout est tout à fait mauvaise ; Vous devriez leur mettre un bon exemple aux yeux;

CD Le roi Fétand ert le chef que se choialiMient autrefois les mendiante rfonis en corporation. Ce nom vient du latin peto, je demande. Ce roi n'ayant pas plus de pouvoir que ses sujets, on donne par extension le nom de cour du roi Pétaud à une maison où tout le monde commande. (B.)

(9) Mener un train sous cAape ou sous cape , c'est-à-dire , cacher mt mauvaises actions comme on cache sa tête sons une cape. Ce mot vient de copuC , et il désigne une sorte de manteau qui se termine par un capuchon. Chape ne se dit que de certains vStements ecclésiastiques , mais le mot cape se trouve dans plusieurs expressions proverbiales , comme rire aouê cape , vendre $<mi ct^ » foener un train $ou$ cape^ n'ai'otr çpte la cape et répée.

Et leur défunte mère en usait beaucoup mieux. Vous êtes dépensière ; et cet état me blesse, Que vous alliez vêtue ainsi qu'une princesse. Quiconque à son mari veut plaire seulement, Ma bru, n'a pas besoin de tant d'ajustement.

CLÉANTB.

Mais, Madame, après tout...

MADAME PERNELLE

Pour VOUS, monsieur son frère, Je vous estime fort, vous aime, et vous révère ; Mais enfin, si j'étais de mon fils» son époux, Je vous prierais bien fort de n'entrer point chez nous. Sans cesse vous prêchez des maximes de vivre Qui par d'honnêles gens tae se doivent point suivre. Je vous parle un peu franc ; mais c'est là mon humeur, • Et je ne mâche point ce que j'ai sur le cœur.

DAMIS

Votre monsieur Tartufe est bien heureux sans doute...

MADAME PERNELLE

C'est un homme de bien, qu'il faut que l'on écoute ; Et je ne puis souffrir, sans me mettre en courroux. De le voir quereller par un fou comme vous.

DAMIS

Quoi! je souflfrirai, moi, qu'un cagot de critique Vienne usurper céans tm pouvoir tyrannique , Et que nous ne puissions à rien nous divertir, Si ce beau monsieur-là n'y daigne consentir ?

DORINE

S'il le faut écoute;* et croire à ses maximes,

On ne peut faire rien qu'on ne fasse des crimes ;

Car il contrôle tout, ce critique zélé.

MADAME PERNELLE

Et tout ce qu'il contrôle est fort bien contrôlé. C'est au chemin du ciel qu'il prétend vous conduire : Et mon fils à l'aimer vous devrait tous induire.

DAMIS

Non, voyez-vous, ma mère, il n'est père, ni rien. Qui me puisse obliger à lui vouloir du bien : . Je trahirais mon cœur de parler d'autre sorte. Sur ses façons de faire à tous coups je m'emporte ; J'en prévois une suite, et qu'avec ce pied-plat Il faudra que j"en vienne à quelque grand éclat.

DORINE

Certes, c'est une chose aussi qui scandalise,

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