ACTE II, SCÈNE I. lOS
SOSIE
Si TOUS le prenez sur ce ton , Monsieur, je n'ai plus rien à dire Et TOUS aurez toujours raison.
AVPHITRYOlf.
Qaoîl tu veux me donner pour des yérités, traître. Des contes que je vois d'^trayagance outrés?
SOSIE
Non : je suis le valet, et tous êtes le maître; Il n'en sera , Monsieur, que ce que tous voudrez.
Al|PBITRfOir.
Çà, je Teux étouffer le courroux qui m'enflamme, Et, tout du long, Vouïr sur ta commission.
11 faut , aTant que Toir ma femme , Qaeje débrouille ici cette confusion.
Rappelle tous tes sens , rentre bien dans ton âme , Et réponds mot pour mot à chaque question.
\ SOSIE
Mais, de peur d'incongruité,
Dites-moi, de grâce, à l'aTance, De quel air il tous plaît que ceci soit traité. Parlerai -je , Monsieur, selon ma conscience , Ou comme auprès des grands on le Toit usité?
Faut-il dire la Térité,
Ou bien user de complaisance ?
ÂlIPHITRYON.
Non ; je ne te tcux obliger Qu'à me rendre de tout un compte fort sincère.
SOSIE
Bon. C'est assez , laissez-moi faire ; Vous n'avez qu'à m'interroger.
Sur l'ordre que tantôt je t'aTais su prescrire...
SOSIE
Je suis parti , les cieux d'un noir crêpe voilés , Pestant fort contre tous dans ce fâchenx martyre , Et maudissant Tingt fois l'ordre dont tous parlez.
AMPHITRYON
Comment, coquin!
SOSIE
Monsieur, tous n*aTez rien qu'à dire (1),
(1) Vmu n^avez rien qu'à dire n'est point une proue faute de langrae, comme le dit nn commentateur. C'est une traduction lltténle de cette phrase familière : Nihil habe» qttod dica$. L'essai de Molière , pour faire adopter ce latinisme, n'a pas été heureux.
106 AMPHITEYON.
Je mentirai , si tous voirez.
AMPHITRYON
Voilà comme un valet pour nous montre du zèle . Passons. Sur le chemin que t'est-il arrivé ? sosie.
D'avoir une frayeur mortelle
Au moindre objet que j'ai trouvé.
AMPHITRYON
Poltron I