JUPITER, ALCMÈNE, CLÉANTHIS, SOSIE
JUPITER
Voulez-Tous me désespérer?
Hélas I arrêtez, belle Alcmène.
ALCMÈPŒ.
Non , ayec l'anteor de ma peine Je ne puis du tout demeurer.
JUPITER
De grâce I...
ALCMÈNE
Laissez-moi.
JUPITER
Quoil...
ALCMÈmS.
Laissez-moi, vous dis-je.
JUPITER , bas , à part.
Ses pleurs touchent mon âme, et sa douleur m'afflige.
(Haut.) t
Souffrez que mon cœur...
ALCMÈNE
Non, ne suivez poiut mes pas.
JUPITER
Où vonlez-Tous aller ?
ALCMÈNE
OÙ vous ne serez pas.
JUPITER
Ce vous est une attente vaine.
Je tiens à vos beautés par un nœud trop serré , Pour pouvoir un moment en être séparé.
Je vous suivrai partout , Alcmène.
ALCMÈNE
Et moi, partout je vous fuirai.
JUPITER
Je suis donc bien épouvantable !
ALCMÈNE
Plus qu'on ne peut dire , à mes yeux.
Oui, je vous vois comme un monstre effroyable, Un monstre cruel , furieux , Et dont l'approche est redoutable; Comme un monstre à fuir en tous lieux.
124 AMPHITRYON
Mon coeur souffre, à vous voir, une peine incroyable : C'est un supplice qui m'accable ; Et je ne vois rien sous les cieux D'affreux, d'tiorrible, d'odieux.
Qui ne me fût plus que vous supportable.
JUPITER
En voilà bien, hélas! que votre bouche dit.
ALCMÈNE
J'en ai dans le cœur davantage; Et , pour s'exprimer tout , ce cœur a du dépit
De ne point trouver de langage.
lUPrrER.
Hé! que vous a donc fait ma flamme, Pour me pouvoir, Alcmène, en monstre regarder?
Ah! juste ciel! cela peut-il se demander.' Et n'est-ce pas pour mettre à bout une âme?
JUPITER
Ah! d'un esprit plus adouci...
ALCMÈNE
No B, je ne veux du tout vous voir, ni vous entendre.
juprrER.
Avez-vous bien le cœur de me traiter ainsi?
Est-ce là cet amour si tendre Qui devait tant durer quand je vins hier ici?
ALCMÈNE
Non , non , ce ne l'est pas , et vos lâches injures
En ont autrement ordonné.
Il n'est plus, cet amour tendre et passionné; Vous l'avez dans mon cœur, par cent vives blessures, Cruellement assassiné;
C'est en sa place un courroux inflexible , Un vif ressentiment , un dépit invincible , Un désespoir d'un cœur justement animé , Qui prétend vous haïr, pour cet affront sensible, Autant qu'il est d'accord de vous avoir aimé ;
Et c'est haïr autant qu'il est possible.
JUPITER
Hélas ! que votre amour n'avait guère de force. Si de si peu de chose on le peut voir mourir I Ce qui n'était que jeu doit-il faire un divorce? Et d'une raillerie a-t-on lieu de s'aigrir?
Ah ! c'est cela dont je suis offensée,