‹ ŒuvresChapitre 89 sur 599 · ACTE II, SCÈNE VI. 126 . ij · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI. 126 . ij

Et que ne peut pardonner mon courroux : U

Des véritables traits d'un mouvement jaloux 4

Je me trouverais moins blessée. *^

La jalousie a des impressions il

Dont bien souvent la force nous entraîne, ^

Et l'âme la plus sage , en ces occasions , ;|

Sans doute avec assez de peine %

Répond de ses émotions. ^

L^ 3mportjement d'un cœur qui peut s'être abusé

A de quoi ramener une âme qu'il offense ;

Et, dans l'amour qui lui donne naissance, 11 trouve au moins, malgré toute sa violence,

Des raisons pour être excusé.

De semblables transports contre un ressentiment Pour défense toujours ont ce qui les fait naître ; Et l'on donne grâce aisément A ce dont on n'est pas le maître.

Mais que , de gaieté de cœur, On passe aux mouvements d'une fureur extrême ; Que sans cause l'on vienne, avec tant de rigueur, Blesser la tendresse et l'honneur D'un cœur qui chèrement vous aime ; Ah! c'est un coup trop cruel en lui-même. Et que jamais n'oubliera ma douleur.

JUPITRR.

Oui, vous avez raison , Alcmène; il se faut rendre. Cette action , sans doute, est un crime odieux;

Je ne prétends plus le défendre :

Mais souffrez que mon cœur s'en défende à vos yeux. Et donne au vôtre à qui se prendre De ce transport injurieux.

A vous en faire un aveu véritable, L'époux, Alcmène , a commis tout le mal ; C'est l'époux qu'il vous faut regarder en coupable : L'amant n'a point de part à ce transport brutal , Et de vous offenser son cœur n'est point capable. Il a pour vous, ce cœur, pour jamais y penser.

Trop de respect et de tendresse ; Et si de faire rien à vous pouvoir blesser

II avait eu la coupable faiblesse , De cent coups à vos yeux il voudrait le percer. Mais l'époux est sorti de ce respect soumis

Où pour vous on doit toujours être ; A son dur procédé l'époux s'est fait connaître,

126 AMPHITRYON

Et par le droit d'hyraea il s'est cru tout permis. Oui, c'est lui qui sans doute est criminel vers vous, Lui seul a maltraité votre aimable personne ;

Haïssez, détestez l'époux,

J'y consens, et vous l'abandonne ; Mais, Âlcmène, sauvez l'amant de ce courroux

Qu'une telle offense vous donne ;

N'en jetez pas sut lui l'effet,

DéméleZ'le un peu du coupable ;

Et, pour être enfin équitable, Ne le punissez point de ce qu'il n'a pas fait.

ALCMÈNE

Ah! toutes ces subtilités

N'ont que des excuses frivoles.

Et pour les esprits, irrités Ce sont des contre-temps que de telles paroles. Ce détour ridicule est en vain pris par vous. Je ne distingue rien en celui qui m'offense, Tout y devient l'objet de mon courroux ;

Et, dans sa juste violence, Sont confondus et l'amant et l'époux.

Tous deux de même sorte occupent ma pensée , Et des mêmes couleurs, par mon Ame blessée,

Tous deux ils sont peints À mes yeux ; tous deux sont criminels, touâ deux m'ont offensée,

Et tous deux me sont odieux.

JUPITER

Eh bien ! puisque vous le voulez,

Il faut donc me charger du crime.

Oui, vous avez raison lorsque vous m'immolez A vos ressentiments, en coupable victime : Un trop juste dépit contre moi vous anime ; Et tout ce grand courroux qu'ici vous étalez Ne me fait endurer qu'un tourment légitime. C'est avec droit que mon abord vous chasse,

Et que de me fuir en tous lieux

Votre colère me menace.

Je dois vous être un objet odieux ; Vous devez me vouloir un mal prodigieux. 11 n'est aucune horreur que mon forfait ne passe,

D'avoir offensé vos beaux yeux :

C'est un crime à blesser les hommes et les dieux ; Et je mérite enfin, pour punir cette audace, Que contre moi votre haine ramasse

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