CLÉANTE, DORINE
CLÉANTE
Je n'<y yeux point aller, De peor qu'elle ne vint encor me quereller; Que cette bonne femme...
DORJNE.
Ah I certes, c'est dommage Qu'elle ne vous ouït tenir un tel langage : Elle vous dirait bien qu'elle vous trouve bon, Et qu'elle n'est point d'âge à lui donner ce nom.
CLÉANTE
Gomme elle s'est pour rien contre nous échau£fée , Et que de son Tartufe elle paraît coiffée I
DORINB.
Oh ! vraiment) tout cela n'est rien au prix du fils : Et, si vous l'aviez vu, vous diriez : C'est bien pis! Nos troubles l'avaient mis sur le pied d'homme sage. Et pour servir son prince, il montra du courage : Mais il est devenu comme un homme hébété. Depuis que de Tartufe on le voit entêté : Il l'appelle son frère, et l'aime dans son âme Cent fois plus qu'il ne fait mère, fils, fille, et femme. C'est de tous ses secrets l'unique confident, Et de ses actions le directeur prudent; Il le choie, il l'embrasse ; et pour une maîtresse On né saurait, je pense, avoir plus de tendresse : A table, au plus haut bout il veut qu'il soit assis; Avec joie il l'y voit manger autant que six; •
Les bons morceaux de tout, il faut qu'on les lui cède; Et, s'il vient à roter, il lui dit : Dieu vous aide! Enfin il en est fou,, c'est son tout, son héros; * Il l'admire à tous coups, le cite à tous propos ; Ses moindres actions lui semblent des miracles , Et tous les mots qu'il dit sont pour lui des oracles. Lui, qui connaît sa dupe, et qui veut en jouir. Par cent dehors fardés a l'art de l'éblouir ; Son eagotisme en tire à toute heure des sommes. Et prend droit de gloser sur tous tant que nous sommes. Il n'est pas jusqu'au fat qui lui sert de garçon Qui ne se mêle aussi de nous faire leçon :