ACTE n, SCÈNE VI
Tous ses traits les plus furieux.
Mais mon cœur vous demande grâce ; Pour TOUS la demander je me jette à genoux , Et la demande au nom de la plus vive flamme.
Du plus tendre amour dont une âme
Puisse jamais brûler pour tous.
Si votre cœur, charmante Alcmëne, Me refuse la grâce où j'ose recourir, ' II faut qu'une atteintç soudaine
M'arrache, en me faisant mourir,
Aux dures rigueurs d'une peine
Que je ne saurais plus souffrir.
Oui, cet état me désespère.
^Icmène, ne présumez pas Qa'aimant, comme je fais, tos célestes appas, Je puisse vivre un jour avec votre colère. Déjà 4e ces moments la barbare longueur
Fait, sous des atteintes mortelles.
Succomber tout mon triste cœur ; Et de piille vautours les blessures cruelles N'ont rien de comparable à ma vive douleur. Alcmèqe, vous n'avez qu'à me le déclarer : S'il n'est point de pardon que je doive espérer, Cette épée aussitôt, par un coup favorable, Va percer à vos yeux le cœur d'un misérable , Ce cœur, ce traître cœur, trop digne d'expirer, Puisqu'il a pu fâcher un objet adorable : Heureux, en descendant au ténébreux séjour. Si de votre courroux mon trépas vous ramène , Et ne laisse en votre âme, après ce triste jour.
Aucune impression de haine,
Au souvenir de mon amour !
Cest tout ce que j'attends pour faveur souveraine.
ALCMÈNE
Ah! trop cruel époux!
JTJPmSR.
Dites, parlez, Alcmène.
ALCMÈPTE.
Faut-il encor pour vous conserver des bontés, El vous voir m'outrager par tant d'indignités?
JUPITER
Quelque ressentiment qu'un outrage nous cause, Tient-il contre un remords d'un cœur bien enflammé.
ALCMÈNE
Un cœur bien plein de flamme à jnille morts s'expose.
128 AMPHITRYON
Plutôt que de vouloir fâcher l'objet aimé.
JUPITER
Plus on aime quelqu'un, moius on trouve de peine...
ALCHÈNE.
Non, ne m'en parlez point ; vous méritez ma hain
JUPITER
/ous me haïssez donc?
ALCMÈNE
J'y fais tout mon effort.
Et j'ai dépit de voir que toute voire offense Ne puisse de mon cceur jusqu'à cette vengeance Faire encore aller le transport.
JUPITER
Mais pourquoi cette violence, Puisque, pour vous venger, je vous offre ma mort? Prononcez-en l'arrêt, et j'obéis sur l'heure.
ALCMÈNE
Qui ne saurait haïr peut-il vouloir qu'on meure ?
JUPITER
Et moi, je ne puis vivre, à moins que vous quittiez
Cette colère qui m'accable, Et que vous m'accordiez le pardon favorable
Que je vous demande à vos pieds.
( Sosie et Glèanthis se mettent aussi à genoux.)
Résolvez ici l'un des deux.
Ou de punir, ou bien d'absoudre,
Hélas ! ce que je puis résoudre, Paraît bien plus que je ne veux.
Pour vouloir soutenir le courroux qu'on me donne Mon cœur a trop su me trahir :
Dire qu'on ne saurait haïr, N'est-ce pas dire qu'on pardonne ?
JUPITER
Ah! belle Alcmène, il faut que, comblé d'allégresse...
ALCMÈNE
Laissez ; je me veux mal de mon trop de faiblesse. juprrER.
Va, Sosie, et dépêche-toi.
Voir, dans les doux transports dont mon âme est charmée, Ce que tu trouveras d'officiers de l'armée, Et les invite à diner avec moi.
( Bas, à part.)
Tanais que d'ici je le chasse , Mercure y remplira sa place.