‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 10 sur 397 · De sancta Virginitate · texte numérisé non relu

De sancta Virginitate

du Dieu \erbe, elle y contribuera éternellement dans toutes les opérations de la grâce, qui ne sont que des dépendances de ce mystère \

Donc, mes Frères, dans tous vos desseins, dans toutes vos difficultés, dans tous vos projets, recourez à la charité de Marie. Êtes- vous traversés? allez à Marie ; si les tempêtes des tentations se soulèvent, élevez vos cœurs à Marie ; si la colère, si l'ambition, si la convoitise vous trouble, pensez à Marie, implorez Marie'. Ses prières toucheront le cœur de Jésus, parce que le cœur de Jésus est un cœur de fils, sensible à la charité maternelle. Et que n'attendrons-nous point de Marie, par laquelle Jésus même s'est donné à nous? Mais si nous voulons, nous dit saint Bernard^, recevoir Vassistance de ses oraisons, suivons les leçons de sa vie. Et que choisironsnous dans sa vie ? [p. 8] Suivons toujours les mêmes principes '^ : entendons que notre ruine étant un ouvrage d'orgueil, le mystère qui nous répare devait être l'oeuvre de l'humilité ; et afin que nous évitions la malédiction de la rébellion orgueilleuse d'Eve, obéissons avec Marie, pour être les véritables enfants de cette Mère commune de tous les fidèles. C'est ce que j'ai à vous exposer en peu de paroles pour le fruit de cet entretien.

[Second Point.]

Oui, Fidèles, il est véritable que le mystère que nous Jionorons est l'ouvrage de l'humilité, et il importe à l'édification de nos âmes que nous méditions quelque temps cette vérité chrétienne. Considérez donc atten-

1. Ici appavait iiour la preniifre nelle ayant tant contribué ;\ notre

fois nue célèbre pensée, qui trouvera salut dans le mystère de l'Incarna-

en lt)(i9 son expression définitive. tion, qui est le principe universel de

sous la forme suivante: u ... Dieu la grâce, elle y contribuera éteruel-

ayant une fois voulu nous donner lement dans toutes les autres opéra-

Jésus-Christ par la .sainte Vierge, tions. qui n'en sont que des dépen-

les dons de Dieu sont sans repen- dances. » {Pour la jcfe rie la Con-

tance. et cet ordre ne se change plus. ception. 1669.)

Il est et sera toujours véritable 2. S. Bernard., sup. Mlssus, hom.

qu'ayant reçu par sa charité le prin- II, n. 17.

cipe universel de la grâce, nous en 3. Append. Oper. S. Bernard, in

recevions encore par son entremise Salve Reghta. serra, i, ». 1.

les diverses applications dans tous 4. Première rédaction au bas de la

[les] états différents qui composent p. 7 du ms. : Insistons aux mêmes

la vie chrétienne. Sa charité mater- ])nncipes.

ti veillent qu'encore que la toute-puisstmce de Dieu lui fournisse des moyens infinis d'établir sa gloire, néanmoins il ne peut la porter plus haut que par celui de l'humilité ; tellement que, par un secret merveilleux, le plus haut degré de sa gloire se trouve joint nécessairement à rhumilité ; et la preuve en est bien aisée par le mystère que nous célébrons. Le plus graufl ouvrage de Dieu, c'est de s'unir personnellement à la créature comme il a fait dans l'Incarnation; et sa toute-puissance, qui n'a point de bornes, ne pouvait rien faire de plus relevé que de donner au monde un Dieu-Homme. Si donc c'est là son plus grand ouvrage, c'est aussi par conséquent sa plus grande gloire. Or ce miracle si grand et si magnifique, Dieu ne le pouvait faire qu'en se rabaissant, selon ce que dit l'apôtre saint Paul, qu^il s^est anéanti^ en se faisant homme. Donc l'ouvrage le plus glorieux d'un Dieu tout-puissant ne pouvait jamais être fait que par le moyen de l'humilité '. Kt voyez combien est extrême l'amour que Dieu a pour cette vertu. Car, ne la pouvant trouver en lui-même et en sa propre nature, il l'a cherchée dans une nature étrangère. Cette nature infiniment abondante ne refuse point d'aller à l'emprunt, afin de s'enrichir de l'humilité. C'est pourquoi le Fils de Dieu s['est] fait homme, afin que son Père vît en sa personne un Dieu soumis et obéissant. Et de là vient Cjue le premier acte qu'il fit, ce fut un acte d'obéissance. Qui est-ce qui nous [1'] apprend? C'est l'Apôtre, qui nous assure qu'en entrant au monde, Jésus-Christ parla ainsi à son Père : Puisque les holoeaustes ne vous plaisent pas, je viens au monde moi-même pour aceomplir votre volonté \ N'est-ce pas afin que nous entendions que ce qui tire du plus haut des cieux le Verbe de Dieu, c'est un dessein d'humilité et d'obéissance ?

Mais^, ô divin acte d'obéissance par lequel Jésus- Christ commence sa vie, nouveau sacrifice d'un Dieu soumis, dans quel temple serez-vous offert au Père éternel^? Ha! ce sera dans les entrailles de la sainte

Page 1