‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 112 sur 397 · Luc, VII · texte numérisé non relu

Luc, VII

donner l'exemple. Considérez ce que je veux dire : il n'y a page de l'Évangile où nous ne voyions que Jésus a une certaine tendresse pour les pécheurs réconciliés plus que pour les justes qui persé\èrent. Qui ne sait que Madeleine la pénitente a été sa fidèle et sa bien-aimée ; que Pierre, après l'avoir renié, est choisi pour confirmer la foi de ses frères ; qu'il laisse tout le troupeau dans les bois pour courir après sa brebis perdue ; et que celui de tous ses enfants qui émeut le plus sensiblement ses entrailles, c'est le dissipateur qui retourne? afin que nous entendions, Chrétiens, qu'encore que l'innocence ait seslarmes, il estime plus précieuses celles que les péchés font répandre dans les saints gémissements de la pénitence, et que la justice recouverte a quelque chose de plus agréable à ses yeux, que la justice toujours conservée. Et d'où vient cela? C'es-t que, s'étant réconcilié avec les pécheurs, il veut soigneusement observer les lois de l'amitié réunie; et si Dieu les observe si exactement, nous. Fidèles, les voulons-nous mépriser? quelle serait notre perfidie ! Dans la réconciliation de l'homme avec Dieu, ce n'est pas l'homme qui se relâche : Dieu n'a pas rompu le premier ; au contraire, il nous comblait de ses biens; c'est l'homme qui a été l'agresseur, quelle insolence ! mais c'est Dieu qui remet, c'est Dieu qui oublie. Que si celui qui pardonne et qui se relâche, se soumet volontairement aux lois de l'amitié réconciliée, s'il consent d'aimer davantage, que ne doit pas faire celui qui reçoit la grâce, à qui l'on quitte toutes ses dettes, et duquel on oublie toutes les injures? C'est donc une vérité très indubitable, que le pécheur réconcilié doit à Dieu une amitié plus ardente que le juste qui persévère. Tu le dois certainement. Chrétien, tu le dois, et Jésus-Christ s'y attend, et il te l'a dit dans son Evangile ; mais que son attente est frustrée ! O Sauveur ! votre bonté vous fait tort S et les hommes abusent de votre indulgence, parce que votre miséricorde se rend ti-op facile. Cette facilité, je l'avoue, devrait exciter nos affections ; mais notre âme basse et servile n'est pas capable de se gouverner par des considérations si

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