‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 111 sur 397 · Var. : avoir avec nous · texte numérisé non relu

Var. : avoir avec nous

C'est pourquoi il a fallu que la pénitence eût les trois qualités que je vous ai dites. Le péché nous séparant d'avec Dieu, il fallait que la pénitence nous y réunît ; et c'est la première de ses qualités, c'est une réconciliation. Mais le péché, en nous séparant, nous a faits malades : par conséquent il ne suffit pas que la pénitence nous réconcilie, il faut encore qu'elle nous guérisse ; et de là vient qu'elle est un remède. Et enfin, comme le péché ajoute la profanation et l'impureté aux infirmités qu'il apporte, une maladie de cette nature ne peut être déracinée que par un remède sacré, qui ait la force de sanctifier comme de guérir ; c'est pourquoi la pénitence est un sacrement. Vous voyez, Fidèles, ces trois qualités d'où je tire trois raisons solides, pour montrer qu'il n'est rien de plus dangereux que d'abuser de la pénitence en la rendant inutile et infructueuse. Car, s'il est vrai que la pénitence soit la réconciliation de l'homme avec Dieu, si c'est un remède qui nous rétablisse, et un sacrement qui nous sanctifie, on ne peut sans un insigne mépris rompre une amitié si saintement réconciliée, ni rejeter sans un grand péril un remède si efficace, ni violer sans irrévérence un sacrement si saint et si salutaire. Ce sont les trois points ; et de là nous conclurons, avec l'Apôtre, que, puisque nous sommes morts au péché, nous ne pouvons plus désormais y vivre. C'est ce que j'espère vous rendre sensible avec le secours de la grâce.

Premier Point.

Pour entrer d'abord en matière, posons pour fondement de tout ce discours, que, s'il y a quelque chose parmi les hommes qui demande une fidélité éternelle, c'est une amitié réconciliée. Je sais que le nom de l'amitié est saint par lui-même, et que ses droits sont inviolables dans tous les sujets où elle se trouve ; néanmoins il faut confesser qu'il y a ^ entre les amis réconciliés je ne sais quel engagement plus étroit, et que l'amitié y reçoit de nouvelles forces. La raison. Chrétiens, en est évidente. Ce que l'homme fait avec contention ^, il le

]. Var. : mais il ne laisse pas 2. Var. : effort.

d'être véritable quïl y a...

180 SERMON SUR LA PÉMTExNCE.

fait aussi avec efficace ; et les effets sont d'autant plus grands, que Fâme est plus puissamment appliquée : de sorte qu'une amitié qui a pu se reprendre malgré les obstacles, qui a pu oublier toutes les injures, qui a pu revivre même après sa mort, a sans doute quelque chose de plus vigoureux que celle qui n'a jamais fait de pareils efforts. Cette amitié autrefois éteinte, maintenant refleurie et ressuscitée, se souvenant du premier malheur, jette de plus profondes racines, de crainte qu'elle puisse être encore une fois abattue. Les cœurs se font euxmêmes des nœuds plus serrés ; et comme les os se rendent plus fermes dans les endroits des ruptures, à cause du secours extraordinaire que la natui'e donne ^ aux parties blessées ; de même, les amis qui se réunissent, envoient, pour ainsi dire, tant d'affection pour renouer l'amitié rompue, qu'elle en demeure à jamais mieux consolidée. Mais, si l'affection y est plus ardente, la fidélité, d'autre part, se lie davantage. La réconciliation des amis a quelque chose de ces contrats qui interviennent sur les procès ; et nous apprenons des jvunsconsultes que ce sont les plus assurés, parce que la bonne foi y est engagée dans des circonstances plus fortes : d'où il est aisé de conclure qu'en tout sens il n'est rien plus inviolable que l'amitié réconciliée.

Cette vérité étant établie, je m'adresse maintenante vous. Chrétiens réconciliés par la pénitence, pour vous dire que Dieu vous demande une fidélité plus exacte et une affection plus sincère : pour quelle raison ? parce que vous êtes réconciliés. Il veut que vous l'aimiez davantage ; et ce n'est pas moi qui le dis, c'est lui qui vous le déclare dans son ËvaJigile, lorsque, parlant à Simon le pharisien au sujet de la Madeleine, il dit : Celui à qui on remet moins, aime moins ; celui à qui on remet plus, aime plus". Peut-on parler plus expressément ? Il vous a remis vos péchés ; mais, après cela, il attend^ de vous que vous l'aimerez avec plus d'ardeur; parce qu'ainsi que nous avons dit, c'est la loi nécessaire et indispensable de l'amitié réconciliée ; et lui-même, quoiqu'il soit au-dessus des lois, il ne laisse pas d'en

Page 1