‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 114 sur 397 · Var. : rétablie; — réunie; — '2. ^'ar. : la justice · texte numérisé non relu

Var. : rétablie; — réunie; — '2. ^'ar. : la justice

réconciliée.

a faite. Si nous péciioiis après le baptême, nous ne trouvons plus cette première facilité ; il faut nécessairement recourir aux larmes et aux travaux de la pénitence, qui est appelée par l'antiquité un baptême laborieux. Écoutez le concile de Trente ^ : On ne répare point la justice par le sacrement de la pénitence sans de grandes peines et de grands travaux : le premier baptême n'est point pénible, le second est laborieux. D'où vient cette nouvelle difficulté, sinon de la raison que nous avons dite? Vous avez perdu la justice; ou vous n'y reviendrez jamais, ou ce sera toujours avec plus de peine " ; et si nous violons les promesses non seulement du sacré baptême, mais encore de la pénitence, par la même suite de raisonnement la difficulté se fera plus grande, et Dieu se rendra toujours plus inexorable. Et pour rechercher cette vérité jusque dans sa source, je remarque avec le docte Tertullien, au second livre contre Marcion, que « tout l'usage de la justice sert à la bonté : Omne iusiitiœ opus procuratio honitatis esi^) ; parce que sa fonction principale, c'est de soutenir la miséricorde, en la faisant craindre à ceux qui seront assez aveugles pour ne l'aimer pas. Et c'est pourquoi si la malice des hommes méprise la miséricorde divine en manquant à la foi donnée dans le sacrement et violant les promesses de la pénitence, ou la justice divine devient entièrement inflexible, ou, s'il lui plaît de se relâcher, elle se rend de plus en plus rigoureuse : autrement, si je l'ose dire, elle trahirait la bonté en l'abandonnant au mépris. En effet ^, se peut-il voir un pareil mépris que de manquer à une amitié tant de fois réconciliée? Un pécheur pressé en [sa] conscience regarde^ la main de Dieu armée contre lui ; il voit déjà l'enfer ouvert sous ses pieds : quel spectacle ! Dans cette crainte, dans cette frayeur, il s'approche "^ de ce trône fie miséricorde qui jamais n'est fermé à la pénitence. Hé! il n'attend pas qu'on l'accuse, il se rend dénonciateur de ses propres crimes ; il est prêt à passer

1. Sess.HTV.de Pœnlt.. cup. il. :>. Advers. Marcion.. n. 1:5.

2. Passage important, où Fauteur, 4. Var. : Et certes, pesant tous ses mots, a multiplié les ô. Var. : considère. i':\tures. (î. Var. : il recourt au trône...

184 ser:mon sur la pénitence.

condamnation, pour prévenir l'arrêt de son juge. La justice divine se met contre lui, il se joint à elle pour la fléchir, il avoue qu'il mérite d'être sa victime ; et toutefois il demande grâce au nom du Médiateur Jésus- Christ. On lui propose la condition de corriger sa vie déréglée ^ : il promet. C'est, Fidèles, ce que nous avons fait dans l'action de la pénitence. Mais bien plus, nous avons donné Jésus-Christ pour caution de notre parole ; car, étant le Médiateur, il est le dépositaire et la caution des paroles des deux parties. Il est caution de celle de Dieu, par laquelle il nous promet de nous pardonner ; et il l'est aussi de la nôtre, par laquelle nous promettons de nous corriger. Nous avons pris à témoin son corps et son sang, qui a scellé la réconciliation à la sainte table ; et, après la grâce obtenue, nous cassons un acte si solennel ! nous nous repentons de notre pénitence ! nous retirons de la main de Dieu les larmes que nous lui avions consacrées ! nous désavouons nos promesses, et c'est Jésus-Christ même qui en est garant " ! Nous nous étions réconciliés avec Dieu : son amitié nous est importune^; et, pour comble d'indignité, nous renouons avec le diable le traité que la pénitence avait annulé* ! Vous en frémissez ; mais c'est néanmoins ce que nous faisons toutes les fois que nous perdons par de nouveaux crimes la justice réparée par la pénitence. Voilà les sentiments que nous avons de Dieu : si notre bouche ne le dit pas, nos œuvres le crient ; et c'est le langage que Dieu entend.

Après des profanations si étranges, croyons-nous que la miséricorde divine nous sera toujours également accessible? FA\e ne veut point être méprisée : ha ! ne vous y trompez pas, dit l'Apôtre, on ne se moque pas ainsi de Dieu^. Et s'il est vrai (ce que nous disons) que les difficultés s'augmentent toujours, que Dieu devient toujours plus inexorable lorsque nous manquons à la foi donnée ; mon Sauveur, où en sommes-nous après tant de réconciliations inutiles ! Craignons-nous pas que

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