La courte iiéroraison qui sera
196 FRAGMENTS d'uN SERMON" DE VÊTURE.
ne nous laisse presque pas un moment à nous ^ ! Quelle liberté peut-on concevoir dans cette cruelle nécessité de perdre le temps, qui nous est donné pour l'éternité, par tant d'occupations inutiles qui nous font insensiblement venir à la mort avant que d'avoir appris comment il faut vivre?
Et cette autre nécessité qu'on s'impose de se faire considérer dans le monde, n'est-ce pas encore une servitude qui nous rend esclaves de ceux auxquels nous sommes obligés de plaire ", qui nous assujettit au qu'endira-t-on et à tant de circonspections importunes, qui nous fait vivre tout pour les autres, comme si nous ne devions pas enfin mourir pour nous-mêmes ? Quelle folie, quelle illusion, de s'établir cette dure loi, de faire toujours une vie publique, puisque enfin nous devons tous faire une fin privée !
Au milieu de tant de captivités, les hommes du siècle s'estiment libres, parmi toutes ces lois et toutes ces contraintes du monde : Pretio empti estts, nolite fieri servi hominum *. Que si le monde a ses contraintes, que je vous estime heureuse, ma Sœur, qui estùnant trop votre liberté pour la soumettre aux lois de la terre, professez hautement que vous ne vous voulez captiver que pour l'amour de celui C[ui étant le maître de toutes choses, s'est rendu esclave pour nous, afin de nous tirer de la servitude ! Dépouillez donc courageusement, dépouillez avec cet habit séculier toute la servitude du monde ; * rompez toutes ces chaînes, et oubliez toutes ces caresses. Il vous offrait des fleurs, mais le moindre vent les aurait séchées. Votre éducation et votre naissance vous promettaient de grands avantages, mais la mort vous les aurait enfin enlevés. Ne songez plus, ma Sœur, à ce que vous étiez dans le siècle, si ce n'est pour vous élever au-dessus ; et apprenez de saint Bernard, votre Père, que la religieuse qui s'en souvient trop « ne dépouille