Edit. : jusi|u';iu temps uù... Voir t. I. \i
PO ['H LA Ff-:TE
DE LA \'ISITATI()X DK LA SAIML \ lERrxL,
2 juillet (dimanche ICiôC), au collège des Cîodrans, à Dijon.
M. Lebarq avait cru que cette « méditation » avait été donnée à la conférence des mardis fondée à Saint-Lazare par saint Vincent de Paul. Mais, comme l'a remarqué fort justement M. E. Debrie, curé ci"Ahuy (Côte-d"()r) . dans la Renie Bossuet, de décembre 19UÔ, p. l.)ô. elle se trouve au milieu d'une série de sermons prêches à Dijon dans l'été de 16.56 ; il serait bien étonnant que Bossuet eût interrompu par un voyaore à Paris le séjour (ju'il fit dans la capitale de la Bourfroffue. D'un autre côté, à la fin de son exorde, l'orateur dit : « Il paraîtra manifestement que, de toutes les solennités par lesquelles nous honorons la très sainte Vierge, celle-ci était une des plus dignes d'être choisie singulièrement par la conç/régation des prêtres. » Or cette dénomination s'appliquerait mal à une réunion de prêtres, telle fjue la conférence des mardis, et même à la congrégation des prêtres de la Mission, ou lazaristes, qui ne fêtaient pas d'une façon spéciale la Visitation ; mais elle désigne l'une des cinq congrégations ou confréries qui avaient leur siège au collège des jésuites de Dijon : celle des écoliers ou de la Purification, celle des artisans ou de l'Immaculée Conception, celle des Messieurs ou de l'Annonciation, celle des clercs ou de l'Assomption, et enfin celle des prêtres ou de la Visitation. (L. Carrez, ('atalogi nociorum et officiorum Proi'incix Camitanhe, S. J., Châlons, IDU"^', t. \ , 16.j1- 1662 ; et Le rieu.v Dijon dans la Semaine religieuse de Dijon, 25 juin 1898, p. 418.) Il faut donc- dire que notre discours a été prononcé, non pas à Saint-Lazare de Paris, mais au collège des Godrans, S. J., à Dijon. (X. Éd.)
Le manuscrit, vu jadis par l'abbé Vaillant, est aujourd'hui égaré de nouveau. Nous tiendrons compte de quelques corrections pro])osées par ce consciencieux critique.
Iiitravit Maria in <lniiiiiiii Znchariie, et salutai^it Elisahelli.
Marie étant entrée dans la maison de Zacharie, elle salua Elisabeth.
(Luc, I, iO.)
Jésus-Christ, Messieurs, étant envoyé pour être la lumière du monde, aussitôt qu'il y eut fait sa première entrée, aussitôt il commença d'enseigner les hommes.
Encore que vous le voyiez aujourd'hui, dans les entrailles de sa sainte Mère, sans parole, ce semble, et sans action, ne vous persuadez pas C[u'il se taise. Étant la Parole du Père éternel, non seulement tout ce qu'il fait et tout ce qu'il souffre, mais encore tout ce qu'il est, parle, et d'une manière très intelligible, à ceux qui ont comme vous l'esprit exercé dans la connaissance ^ des divins mystères. Je vous prie, mes Frères, de jeter les yeux sur cette belle structure de l'univers. Y a-t-il aucune partie où il ne paraisse de l'art et de la raison? Combien la disposition en est-elle sage ! combien l'harmonie^ en estelle juste ! comme toutes choses y sont mesurées, quel ordre et quelle conduite y règne partout! D'où vient cette beauté, et d'où vient cet ordre dans cette grande machine du monde? C'est à cause Cju'elle a été faite par le Fils de Dieu, qui, étant né de l'intelligence du Père, comme sa parole et son Verbe, est lui-même tout raison, tout sagesse, tout entendement ^ De là vient. Messieurs, que cet univers est un ouvrage si bien entendu, un ouvrage de raison et d'intelligence; parce qu'il est tiré sur une idée infiniment belle, qu'il vient d'une science très accomplie, et de cette raison souveraine qui est tout ensemble et le Verbe et le Fils de Dieu par qui toutes choses ont été faites, par qui elles sei'ont toujours gouvernées.
Mais si le monde fait reluire de toutes parts tant d'art, tant de raison, tant d'intelligence, parce qu'il a été fait par le Fils de Dieu, quels trésors de sagesse seront enfermés en ce chef-d'œuvre incompréhensible de l'humanité qui lui est unie, où Dieu a recueilli toutes les merveilles de sa puissance ! S'il fait paraître tant de sagesse dans l'ouvrage qu'il a produit hors de lui-même, combien en aura-t-il fait éclater dans l'ouvrage qu'il a produit afin de se l'unir à lui-même ; je veux dire dans l'humanité, qu'il s'est rendue propre par cette union si intime ! Et si nous apprenons des Lettres sacrées que ce monde publie la gloire de Dieu par un langage qui se fait entendre jusqu'aux peuples les
1. V;ir. : dans la coutemplation. il y aura lieu peut-être de reviser
'2. Tar. : réconomie. cette ]>hra~e.
;>. Si Ton retrouve l'autogiaphe,
plus barbares ^, à plus forte raison doit-oii dire que tout ce qui se fait en Jésus est plein de sagesse ; qu'il parle hautement et divinement, même lorsqu'il semble le plus qu'il se taise; qu'il nous enseigne avant que de naître ; et que le ventre de sa sainte mère n'est pas seulement le sanctuaire de ce Dieu fait homme, ni le lit chaste et virginal où il consomme son mariage avec l'humanité son épouse ; mais encore que c'est une chaire, où ce docteur céleste commence à prêcher les saintes vérités de son Évangile. Saint Jean l'entend, et il saute d'aise; et cette éloquence muette va émouvoir le cœur d'un enfant jusque dans le sein de sa mère. Rendons-nous attentifs, Messieurs, à cette prédication de Jésus, qui ne frappe point les oreilles, mais qui parle si fortement aux esprits ; écoutons ce que le Sauveur nous veut dire, et considérons dans cette pensée le mystère que nous honorons.
Encore qu'il pourrait peut-être sembler que l'Évangile et la Loi fussent bien éloignés, toutefois vous savez, Messieurs, qu'il n'y a rien qui soit mieux uni, et que Jésus-Christ n'est venu au monde que pour accomplir la Loi et les prophéties par les vérités de son Évangile. C'est ce qui fait dire à Tertullien : « O Cliristum in vovîs veterem ^ ! O que Jésus-Christ est ancien dans sa nouveauté ! » Et de là vient que ce grand homme l'appelle, en un autre endroit, Villnm'mnteur des antiquités^ ; parce qu'il n'y a dans la T>oi ni point ni virgule, si je puis parler de la sorte, qui ne trouve son vrai sens en Jésus-Christ seul ; et que Jésus-Christ n'a jamais fait un seul pas que pour accomplir exactement et de point en point ce qui était écrit de lui dans la Loi. Ainsi, quelque différence qui nous y paraisse, INIoïse et Jésus- Christ se touchent de près, la Synagogue et l'Église se tendent les mains ; et je considère aujourd'hui dans la visite que rend ^Nlarie à Elisabeth, et dans leurs embrassements mutuels, l'Évangile qui baise la Loi, l'Église qui embrasse la Synagogue. Voilà l'âme, voilà le sens de la mystérieuse variété de ce grand spectacle de Jésus-Christ allant à saint Jean, de ^Marie visitant sainte