‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 129 sur 397 · A(Jv. Marcioii., lib. IV. n · texte numérisé non relu

A(Jv. Marcioii., lib. IV. n

Elisabeth, d'un enfant qui saute de joie, de sa mère qui prophétise, d'une Vierge qui éclate en actions de grâces. Vous verrez que toutes les circonstances de l'histoire de notre évangile conviennent si bien et si justement à la vérité que je vous propose, que vous admirerez sans doute avec moi la conduite impénétrable de l'Esprit de Dieu dans la dispensation des mystères.

Entrons donc, Messieurs, en cette matière avec le secours de la grâce ; étalons les richesses des secrets célestes, exerçons ^ nos entendements dans le champ des Ecritures sacrées : c'est là notre véritable exercice. Considérons premièrement les raisons pour lesquelles Elisabeth tient la place de la Synagogue, et Marie celle de l'Église; après cela nous verrons, dans les sincères embrassements de ces charitables cousines, la I^oi ancienne et la Eoi nouvelle qui vont à la rencontre l'une de l'autre. Et c'est le sujet de cette méditation, en laquelle nous trouverons des instructions salutaires pour comprendre la dignité et tous les devoirs de notre ordre : si bien qu'il paraîtra manifestement que, de toutes les solennités par lesc|uelles nous honorons la très sainte Vierge, celle-ci était une des plus dignes d'être choisie " singulièrement par la Congrégation des prêtres.

Premier Point.

La première chose C[ue je remarque, dans le tableau Cjue je vous présente de l'Évangile embrassant la Loi, de Marie saluant sainte Elisabeth, c'est l'âge bien différent de ces deux cousines. L'Évangile nous montre sainte Elisabeth dans une extrême vieillesse, et la divine Marie dans la fleur de l'âge ; et je vois en la vieillesse d'Elisabeth la mourante caducité de la Loi ; et dans la jeunesse de la sainte Merge, l'éternelle nouveauté de l'Église. La jeunesse de l'Église est telle. Messieurs, que le temps n'est pas capable de l'altérer, ni de s'acquérir aucun droit sur elle. Les choses éternelles ont cela de propre, qu'elles ne vieillissent jamais ; au contraire, ce qui doit périr ne cesse jamais de tendre à sa fin, et par consé-

1. Var. ; apprenons à exercer. Remarquer sur lu flrammahe.... au

'2. Sur cette svntaxe, vov. les t. YII.

qiient il vieillit toujours. C'est pourquoi F Apôtre, parlant de la Loi : Ce qui vieillit, dit-il, est presque aholi\ Ainsi la Synagogue vieillissait toujours, parce qu'elle devait être un jour abolie. I/Église chrétienne ne vieillit jamais, parce qu'elle doit durer éternellement. Car, Messieurs, vous n'ignorez pas que, comme l'Église remplit tous les lieux, elle doit aussi remplir tous les temps. La fin du monde ne limitera point sa durée : alors elle cessera d'être sur la terre, mais elle commencera de régner au ciel : elle ne sera pas éteinte, mais elle sera transférée en un lieu de gloire, où elle demeurera toujours florissante dans une perpétuelle jeunesse. Et d'où vient cette jeunesse éternelle? C'est que l'éternité n'aura qu'un seul jour, parce que, dans l'éternité, rien ne passe ; ce n'est qu'une présence continuée, une présence qui ne coule point. Saint Jean le représente excellemment dans l'Apocalypse" : Ils n\iuront point, dit-il, besoin de soleil, parce que le Seigneur Dieu sera leur lumière ; et ils régneront aux siècles des siècles. Remarquez, s'il vous plaît, cette conséquence : le Seigneur Dieu sera leur lumière et ils régneront aux siècles des siècles. Pourquoi les choses d'ici-bas périssent-elles, sinon parce qu'elles sont sujettes au temps, qui se perd toujours et qui entraîne avec soi, ainsi qu'un torrent, tout ce qui lui est attaché, tout ce qui est dans sa dépendance ^ ? Le soleil qui nous éclaire fait en même temps et défait les jours ; il fait tout ensemble et défait le temps par la rapidité de son mouvement. Mais le soleil qui éclairera le siècle futur, ce sera Dieu même. Ce soleil ne porte pas sa lumière d'un lieu en un autre par la rapidité de sa course : il est tout à tous, il est éternellement devant tous, il éclaire toujours et demeure toujours immobile. C'est pourquoi, comme nous disions, l'éternité n'aura qu'un seul jour; et ce jour n'aura ni couchant ni aucune différence d'heures ; et l'Église des prédestinés, qui n'aura point d'autre soleil Cjue son Dieu, fixée immuablement dans l'éternité, sera toujours dans la nouveauté. 0 beau jour, et ô jour unique de l'éternité l)ien]ieureuse, quand

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