Var. : établi. plaît
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visage : ainsi, quoique notre âme s'étende et se partage en beaucoup d'inclinations différentes, l 'amour-propre y paraît partout. Étant la racine de toutes nos passions, il fait couler dans toutes les branches ses vaines, mais douces complaisances : si bien que l'homme, s'arrêtant en soi-même, ne peut plus s'élever à son Créateur. Et qui ne voit ici un désordre tout manifeste ?
Car Dieu étant notre fin dernière, en cette qualité, . noti'e cœur lui doit son premier tribut ; et ne savez-vous pas que le tribut du cœur, c'est l'amour? Ainsi nous attribuons à nous-mêmes les droits qui n'appartiennent qu'à Dieu; nous nous faisons notre fin dernière; nous ne songeons qu'à nous plaire en toutes choses, même au préjudice de la loi divine ; et par divers degrés nous venons à ce maudit amour qui règne dans les enfants du siècle, et que saint Augustin définit en ces termes : « Amor siii usquc ad contemptum Dei^ : L'amour de soi-même ([ui passe jusqu'au mépris de Dieu. » C'est contre cet amour criminel que le Fils de Dieu s'élève dans son Evangile, le condamnant à jamais par cette irrévocalile sentence : « Qui aime son âme, la perd ; et qui l'abandonne, la sauve : Qui ainitt tininiam suam, perdct cinn ; et qui odit (iiùmaiu suam..., custodit eam" . » Voyant que c'est l'amour-propre qui est cause de tous nos crimes, il avertit tous ceux qui veulent se ranger sous sa discipline, que, s'ils ne se haïssent euxmêmes, il ne les j^eut recevoir en sa compagnie : Celui qui ne veut pas renoncer à soi-même pour Vamour de moi, n\'st pas digne de moi^. De cette sorte, il nous arrache à nous-mêmes par une espèce de violence, et déclarant la guerre à cet amour-propre qui s'élève en nous au mépris de Dieu, comme disait tout à l'heure le saint évêque Augustin, « il fait succéder en sa place l'amour de Dieu jusqu'au mépris de nous-mêmes : Amor Dei usque ad contenq)tujn sui, » dit le même saint Augustin''.
I. !>(■ Cirkalc Dfi.Wh. XIY. (mil giiî^tin (/> ClcH.. lih. XIT, cap.
xxviii. xxvui) fournira à Bossuet le plan
i. Joan.. XII. '2.j. de son discours pour lu Profi-^f'/nn
-.'<. Matth.. X. :{8. </<■ .Vme ,/(. La VaUilrv (1(;75). 4, Ce même passage de saint Au-
Par là vous voyez, Chrétiens, les deux opérations de Dieu. Car, pour nous faire la guerre à nous-mêmes, ne faut-il pas qu'il y ait en nous quelque autre chose que nous ? Et comment irons-nous à Dieu, si son Saint- Esprit ne nous y élève? Par conséquent il est nécessaire que cet Esprit tout-puissant lève le charme de Tamourpropre, et nous détrompe de ses illusions ; et puis, que faisant paraître à nos yeux un rayon de cette ravissante beauté, qui seule est capable de satisfaire la vaste capacité de nos âmes, il embrase nos cœurs des flammes de sa charité, en telle sorte que l'honnne, pressé auparavant de l'amour qu'il avait pour soi-même, puisse dire avec l'apôtre saint Paul : « La charité de Jésus- Christ nous presse: Charitas Chrùti' urget nos. » Elle nous presse, nous incitant contre nous ; elle nous presse, nous portant au-dessus de nous ; elle nous presse, nous détacliant de nous-mêmes ; elle nous presse, nous unissant à Dieu ; elle nous presse, non moins par les mouvements d'une sainte haine, que par les doux transports d'une bienheureuse dilection : Charitas Christi urget nos.
Voilà, mes Frères, voilà ce que le Saint-Esprit opère en nos cœurs, et voilà le précis de la vie de l'incomparable François de Paule. Vous le verrez, ce grand personnage, vous le verrez avec un visage toujours riant, et toujours sévèi-e. Il est toujours en guerre et toujours en paix : toujours en guerre contre soi-même, par les austérités de la pénitence ; toujours en paix avec Dieu, par les embrasements de la charité. Il épure la charité par la pénitence ; il sanctifie la pénitence par la charité. Il considère son corps comme sa prison, et son Dieu comme sa délivrance. D'une main, il rompt ses liens ; et de l'autre, il s'attache à l'objet qui lui donne la liberté. Sa vie est un sacrifice continuel. Il détruit sa chair par la pénitence, il l'offre et la consacre par la charité. Mais pourquoi vous tenir si longtemps dans l'attente d'un si beau spectacle^? Fidèles, regardez ce combat : vous verrez l'arlmirable François de Paule com-
1. Le jeune uniteur parait sentir les verrons toutefois se réduii'e prnl'inconvénient de ces longs avant- gressivement. propos. L'usage les autorisait. Nous
battant l'amour-propre par Pamour de Dieu. Ce vieillard que vous voyez, c'est le plus zélé ennemi de soimême; mais c'est aussi l'homme le plus passionné pour la gloire de son Créateur : c'est le sujet de tout ce discours.
[Premier Point.]
Si, dans cette première partie, je vous annonce une doctrine sévère, si je ne Vous prêche autre chose que les rigueurs de la pénitence, Fidèles, ne vous en étonnez pas. On ne peut louer un grand politique, qu'on ne parle de ses bons conseils ; ni faire l'éloge d'un capitaine fameux, sans rapporter ses conquêtes ^ : partant, que les chrétiens délicats, qui aiment qu'on les flatte par une doctrine lâche et complaisante, n'entendent pas les louanges du grave et austère François de Paule. Jamais homme n'a mieux compris ce que nous enseigne saint Augustin ", après les divines Écritures, que la vie chrétienne est une pénitence continuelle. Certes, dans le bienheureux état de la justice originelle, ces mots fâcheux de mortification et de pénitence n'étaient pas encore en usage, et n'avaient point d'accès' dans un lieu si agréable et si innocent. L'homme alors, tout occupé des louanges de son Dieu, ne connaissait pas les gémissements: Non gemebat, sed laudabat^. Mais depuis que, par son orgueil, il eut mérité que Dieu le chassât de ce paradis de délices ; depuis que cet ange vengeur, avec son épée foudroyante, fut établi à ses portes pour lui en empêcher les approches, que de pleurs et que de regrets ! Depuis ce temps-là. Chrétiens, la vie humaine a été condamnée à des gémissements éternels. Race maudite et infortunée d'un misérable proscrit^, nous n'avons plus à espérer de salut, si nous ne fléchissons par nos larmes celui que nous avons irrité contre nous ; et parce que les pleurs ne s'accordent pas avec les plaisirs, il faut nécessairement que nous confessions que nous sommes nés pour la pénitence. C'est