Edit. : environnent. Et je ne
mais je prétends vous faire voir aujourd'hui que c'est cet amour qui a prévenu ^ la très sainte Vierge dans sa conception bienheureuse; et c'est ce qui mérite plus d'explication.
Pour " entendre cette doctrine, remarquons que la sainte Vierge a cela de propre qui la distingue de toutes les mères, qu'elle engendre le dispensateur de la grâce ; que son fils, en cela différent des autres, est capable d'agir avec force dès le premier moment de sa vie ; et, ce qu'il y a^ de plus extraordinaire, qu'elle* est mère d'un fils qui est devant elle. De là suivent trois beaux effets en faveur de la très heureuse Marie. Comme son fils est le dispensateur de la grâce, il lui en fait part avec abondance ; comme il est capable d'agir dès le premier instant de sa vie, il n'attend pas le progrès de l'âge pour être libéral envers elle ; et le même instant^ où il est conçu voit commencer ses profusions. Enfin, comme elle a un fils qui est devant elle, elle a ceci de miraculeux que l'amour de ce fils peut la prévenir jusque dans sa conception ; et c'est ce qui la rend innocente : car il lui doit servir d'avoir un fils qui soit devant elle. Mais éclaircissons cette vérité par une excellente doctrine des Pères ; et voyons quel a été dès l'éternité l'amour du Fils de Dieu pour la sainte Vierge.
N'avez-vous jamais admiré. Messieurs, comme Dieu [p. 16] parle dans les saintes Lettres ; comme il affecte, pour ainsi dire, d'agir en homme; comme il imite nos actions, nos mœurs, nos coutumes, nos mouvements et nos passions? Tantôt il dit, par la bouche de ses prophètes, qu'il a le cœur saisi par la compassion ; tantôt
1. Var. : que cet amour a prévenu. contre en Dieu pour sa sainte Mère
2. Var. : (1" rédaction introduite devant qu'il soit incarné, c'est ce dans le texte par les éditeurs) : «Je qui paraît assez difficile, puisque le considère en deux états cet amour Fils de Dieu n'est son fils qu'à cause de fils que le Sauveur a eu pour de l'humanité qivil a prise. Toute- Marie ; je le regarde dans l'Incar- fois [p. 16] remontons plus haut, et nation et devant l'Incarnatiou du nous trouverons cet amour qui a Verbe divin. Qu'il ait été dans l'In- prévenu la très sainte Vierge par la carnation, Chrétiens, il est aisé de profusion de ses dons. Comprenez le croire. Car, comme c'est par l'In- cette vérité, et vous verrez l'amour carnation que Marie est devenue la de Dieu pour notre nature N'avez- Mère de Dieu, c'est aussi dans cet vous jamais admiré... «
auguste mystère que Dieu prend 3. Var. : et, qui est.
des sentiments de fils pour Marie. 4. Edit. : c'est qu'elle.
Mnis que cet amonr de fils se ren- 5. Var. : moment.
qu'il l'a enflammé par la colèi-e, qu'il s'apaise, qu'il se repent, qu'il a de la joie ou de la tristesse. Chi'étiens, quel est ce mystère? Un Dieu doit-il donc agir de la sorte? Si le Verbe incarné nous parlait ainsi, je ne m'en étonnerais pas, car il était homme. Mais que Dieu, avant que d'être homme, parle et agisse comme font les hommes, il y a sujet de le trouver étrange. Je sais que vous me direz que cette INIajesté souveraine veut s'accommoder à notre portée. Je le veux bien ; mais j'apprends des Pères qu'il y a une raison plus mystérieuse. C'est que. Dieu ayant résolu de s'unir à notre nature, il n'a pas jugé indigne de lui d'en prendre de bonne heure tous les sentiments. Au contraire, il se les rend propres, et vous diriez qu'il s'étudie à s'y conformer. Pourrions-nous bien expliquer un si grand mystère par quelque exemple familier? Un homme veut avoir une charge de robe ou d'épée : il ne l'a pas encore, mais [il] s'y prépare, il en prend par avance tous les sentiments, et il commence à s'accoutumer ou à la gravité d'un magistrat, ou à la bravoure ^ d'un homme de guerre. Dieu a résolu de se faire homme ; il ne l'est pas encore du temps des prophètes, mais il le sera, c'est une chose déterminée ^ : tellement c^u'il ne faut pas s'étonner s'il parle, s'il agit en homme avant que de l'être, s'il prend en quelque sorte plaisir d'apparaître aux prophètes et aux patriarches avec une figure humaine. Pour quelle raison? Que Tertullien l'explique admirablement ! Ce sont, dit très bien cet excellent [p. 17] homme, des préparatifs de l'Incarnation. Celui qui doit s'abaisser jusqu'à prendre notre nature, fait, pour ainsi dire, son apprentissage en se conformant à nos sentiments^. « Peu à peu il s'accoutume à être homme ; et il se plaît d'exercer dès l'origine du monde ce qu'il sera dans la fin des temps : Ediscens jam inde a primordio, jam inde hominem, qiiod erat futurus in fine"'. »
Ne cro3'ez donc pas. Chrétiens, qu'il ait attendu sa venue pour avoir un amour de fils pour la sainte Vierge.
1. Var. : générosité — Édit. : à la 2. Lâchât fait de ceci une variante, brave générosité. (Mélange des va- 3. Var. : à se revêtir de nos sentiriantes, et faute de lecture. On prête ments. — en prenant nos sentiainsi à Bossuet d'étranges locu- ments. tions !) 4. Adv. Marcion., lib. II, n. 27.
C'est assez qu'il ait résolu d'être homme, pour en prendre tous les sentiments. Et s'il prend les sentiments d'homme, peut-il oublier ceux de fils, qui sont les plus naturels et les plus humains? Il a donc toujours aimé Marie comme mère : il l'a considérée comme telle dès le premier moment qu'elle fut conçue. Et s'il est ainsi, Chrétiens, peut-il la regarder en colère? Le péché s'accordera-t-il avec tant de grâce, la vengeance ^ avec l'amour, l'inimitié avec l'alliance? Et Marie ne peut -elle pas dire avec le Psalmiste : « In Deo meo transgrediar murmn ^ : Je passerai par-dessus la muraille au nom de mon Dieu ? » Il y a une muraille de séparation que le péché a faite entre Dieu et l'homme, il y a une inimitié comme naturelle. Mais, dit- [elle] ^, je passerai pardessus, je n'y entrerai pas ^. Et comment? Au nom de mon Dieu, de ce Dieu qui m'a aimée comme mère dès le premier moment de ma vie ; de ce Dieu dont l'amour tout-puissant a prévenu en ma faveur la colère qui menace tous les enfants d'Eve. C'est ce qui a été fait en la sainte Vierge. Finissons en vous faisant [voir] une image de cette grâce dans tous les fidèles ; et reconnaissons aussi, Chrétiens, que l'amour de Dieu nous a prévenus contre la colère qui nous poursuivait, et qu'il nous prévient tous les jours "'. Que ce soit là le fruit de tout ce discours, comme c'est la vérité [p. 18] la plus importante de la religion chrétienne.
Oui certainement, Chrétiens, c'est le fondement du christianisme de comprendre que nous n'avons pas aimé Dieu, mais que c'est Dieu qui nous a aimés le premier^, non seulement avant que nous l'aimassions, mais lorsque nous étions ses ennemis. Ce sang du Nouveau Testament, versé pour la rémission de nos crimes, rend témoignage à la vérité que je prêche. Car, si nous n'eussions pas été ennemis de Dieu, nous n'eussions pas eu besoin de médiateur pour nous réconcilier avec lui, ni