‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 164 sur 397 · Édit. : environnent. Et je ne · texte numérisé non relu

Édit. : environnent. Et je ne

mais je prétends vous faire voir aujourd'hui que c'est cet amour qui a prévenu * la très sainte Vierge dans sa conception bienheureuse ; et c'est ce qui mérite plus d'explication.

Pour " entendre cette doctrine, remarquons que la sainte Vierge a cela de propre qui la distingue de toutes les mères, qu'elle engendre le dispensateur de la grâce ; que son fils, en cela différent des autres, est capable d'agir avec force dès le premier moment de sa vie ; et, ce qu'il y a^ de plus extraordinaire, qu'elle"* est mère d'un fils qui est devant elle. De là suivent trois beaux effets en faveur de la très heureuse Marie. Comme son fils est le dispensateur de la grâce, il lui en fait part avec abondance ; comme il est capable d'agir dès le premier instant de sa vie, il n'attend pas le progrès de l'âge pour être libéral envers elle ; et le même instant^ où il est conçu voit commencer ses profusions. Enfin, comme elle a un fils qui est devant elle, elle a ceci de miraculeux que l'amour de ce fils peut la prévenir jusque dans sa conception ; et c'est ce qui la rend innocente : car il lui doit servir d'avoir un fils qui soit devant elle. Mais éclaircissons cette vérité par une excellente doctrine des Pères ; et voyons quel a été dès l'éternité l'amour du Fils de Dieu pour la sainte Vierge.

N'avez- vous jamais admiré, Messieurs, comme Dieu [p. 16] parle dans les saintes Lettres ; comme il affecte, pour ainsi dire, d'agir en homme; comme il imite nos actions, nos mœurs, nos coutumes, nos mouvements et nos passions? Tantôt il dit, par la bouche de ses prophètes, qu'il a le cœur saisi par la compassion ; tantôt

1. Var. : que cet amour a prévenu. contre en Dieu pour sa sainte Mère

2. Var. : (1''' rédaction introduite devant qu'il soit incarné, c'est ce dans le texte par les éditeurs) : «Je qui paraît assez difficile, puisque le considère en deux états cet amoiu- Fils de Dieu n'est son fils qu'à cause de fils que le Sauveur a eu pour de l'humanité qu'il a prise. Toute- Marie ; je le regarde dans l'Incar- fois [p. 16] remontons plus haut, et nation et devant l'Incarnation du nous trouverons cet amour qui a Verbe divin. Qu'il ait été dans l'In- prévenu la très sainte Vierge par la carnation, Chrétiens, il est aisé de profusion de ses dons. Comprenez le croire. Car, comme c'est par l'Tn- cette vérité, et vous verrez l'amour carnation que Marie est devenue la de Dieu pom- notre nature. N'avez- Mère de Dieu, c'est aussi dans cet vous jamais admiré... »

auguste mystère que Dieu prend 3. Var. : et, qui est.

des sentiments de fils pour Marie. 4. Edit. : c'est qu'elle.

Mn'V que cet amour de fils se ren- 5. Var. : moment.

le cœur que nous sommes chrétiens : Corde creditur ^ ; c'est le cœur qu'il faut séparer. — Mais c'est là, direzvous, la difficulté. Ce cœur est attiré de tant de côtés ! c'est à lui qu'on en veut. Le monde le flatte, le monde lui rit. Là il voit des honneurs, et là des plaisirs. L'un lui présente de l'amour, l'autre en veut recevoir de lui. Comment pourra-t-il se défendre? Et comment nous dites-vous donc qu'il faut du moins séparer le cœur? — Je le savais bien, Chrétiens, que cette entreprise est bien difficile, d'être toujours au milieu du monde et de tenir son cœur séparé des plaisirs qui nous environnent. — Eh ! je ne vois ici qu'un conseil ! — Mais " que voulez-vous que je dise? Puis-je vous prêcher un autre Évangile [p. 15] à suivre? De tant d'heures que vous donnez inutilement aux occupations de la terre, séparez-en du moins quelques-unes pour vous retirer en vous-mêmes. Faites-vous quelquefois une solitude, où vous méditiez en secret les douceurs des biens éternels et la vanité des choses mortelles. Séparez-vous avec Jésus-Christ, répandez votre âme devant sa face ; pressez-le de vous donner cette grâce dont les attraits divins puissent vous enlever aux plaisirs du monde, cette grâce qui a séparé la très sainte Vierge, et qui l'a tellement remplie, que la colère qui menace les enfants d'Adam n'a pu trouver place en sa conception, parce qu'elle a été prévenue par un amour miséricordieux.

Troisième Point.

[P. i5J Si nous voyons dans les Écritures sacrées que le Fils de Dieu prenant notre chair a pris aussi toutes nos faiblesses, à l'exception du péché ; si le dessein qu'il avait conçu de se rendre semblable à nous a fait qu'il n'a pas dédaigné la faim ni la soif, ni la crainte ni la tristesse, ni tant d'autres infirmités qui semblaient indignes de sa grandeur ; à plus forte raison doit-on croire qu'il a été vivement touché de cet amour si juste et si saint, que la nature imprime en nos cœurs pour ceux qui nous donnent la vie. Cette vérité est très claire ;

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