Var. : Rendons grâces à ce grand
nos ennemis sont cachés. Descendons-y, le flambeau à une main, et le glaive à l'autre : le flambeau, pour rechercher nos péchés par un sérieux examen ; le glaive, pour les arracher jusqu'à la racine par une vive douleur. C'est ainsi que nous préviendrons la colère de ce grand Dieu, dont la miséricorde nous a prévenus.
O Marie, miraculeusement dispensée, singulièrement séparée, miséricordieusement prévenue, secourez nos faiblesses par vos prières ; et obtenez-nous cette grâce, que nous prévenions tellement par la pénitence la vengeance qui nous poursuit que nous soyons à la fin reçus dans ce royaume de paix éternelle avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
I. Première rédaction de la page 256 : « Entrons dans la pensée de ce saint évêqiie. Il considère le Fils de Dieu comme im bien commun, et que ses mystères sont à tout le monde. En efifet, sa mort est le sacrifice public, son sang est le prix de tous les péchés, sa prédication instruit tous les peuples; et ce qui fait voir clairement qu'il est le bien commun de toute la terre, c'est que ce divin Enfant n'est pas plus tôt né que les Juifs sont invités à lui par les anges, et les Gentils par les astres. Tout le monde a droit sur le fp. 12] Fils de Dieu, parce que sa bonté nous le donne à tous. Dans cette libéralité générale, il n'y a que la sainte Vierge qui, par un privilège particulier, peut le posséder toute seule. Jésus- Christ sera donné à tout le monde, nous le savons bien ; mais Marie le recevra la première. Saint Joseph, son fidèle époux, aura quelque part à ce grand secret, mais ce sera seidement quelques mois après. Cependant, dans les commencements de sa grossesse. Dieu seul sera témoin de son bonheur : il semble que le Fils <le Dieu n'est là que pour elle, et que le trésor commun de tous les hommes est devenu son bien particulier : F>nJa possirlcs.
Qui n'admirerait. Chrétiens, de la voir si glorieusement séparée des autres? Mais que fait cela, direz-vous, pour sanctifier sa conception? C'est ici qu'il faut faire voir que la conception du Sauveur a une influence secrète qui porte la grâce et la sainteté sur celle de la sainte Vierge. Mais, pour entendre ce que j'ai à dire, remettons en notre pensée ime vérité chrétienne qui est pleine de consolation pour tous les fidèles. C'est que la vie du Sauveur des âmes a un rapport particulier avec toutes les parties de la nôtre pour y produire la sainteté. Mettons cette vérité dans un plus grand jour par un beau passage tiré de l'Apôtre (Rom., XIV, 9) : Jésus-Christ est mort et ressuscité, afin que, virant et mourant, nous soyons à lui. Voyez le rapport : la vie du Sauveur sanctifie la nôtre, notre mort est consacrée par la sienne. Disons de même du reste, selon la doctrine de l'Écriture. Il s'est revêtu de faiblesse; c'est ce qui soulage nos infirmités. Il a ressenti des douleurs ; consolez-vous, Chrétiens affligés : c'est pour rendre les
vôtres saintes et fructueuses. Enfin il y a un rapport secret entre lui et nous, et c'est cela qui nous sanctifie, [anc. p. 13] C'est pourquoi il a pris tout ce que nous sommes, afin de consacrer tout ce que nous sommes. Et d'où vient cette merveilleuse communication de sa mort avec la nôtre, de ses souffrances avec les nôtres.' Ha! répondrait l'apôtre saint Paul, c'est que le Sauveur mourant est à nous ; il nous donne sa mort, et nous y trouvons une source de grâces qui portent la sainteté dans la nôtre, en la rendant semblable à la sienne. Le Sauveur souffrant est à nous, et nous pouvons prendre dans ses douleurs de quoi sanctifier nos souffrances. C'est ce que peuvent dire tous les chrétiens ; mais la Vierge seule a droit de noiis dire : Le Sauveur conçu s'est donné à moi par un titre particulier ; et de cette sorte sa conception inspire la sainteté à la mienne, par une secrète influence.
Oui, Chrétiens, le Sauveur conçu est à elle ; le Père céleste lui a fait ce présent. Tout le reste de sa vie est à tous les hommes ; mais, dans le temps qu'elle le conçoit et qu'elle le porte dans ses entrailles, elle a droit de le posséder toute seule : Peculiari miincrc sola possidrs. Et ce droit qu'elle a particulier sur la conception du Sauveur, est-il pas capable d'attirer sur elle une bénédiction particulière pour sanctifier sa conception? Si, en qualité de mère de Dieu, elle est choisie par la sagesse divine pour faire quelque chose de singulier dans la conception de Jésus (var. : du Verbe incarné), n'était-il pas juste. Fidèles, que Jésus (var. : le Verbe) aussi réciproquement fît quelque chose de singulier dans la conception de Marie.' Après cela, qui pourrait douter (var. : Et de là ne s'ensuit-il pas) que la conception de cette princesse ne soit séparée de toutes les autres, puisque le Fils de Dieu s'y est réservé une opération extraordinaire? O ]Marie, je vous reconnais séparée ; et votre bienheureuse séparation est un ouvrage de la sagesse : parce que c'est un ouvrage d'ordre. Comme vous avez avec votre Fils une liaison particulière, aussi vous fait-il part de ses privilèges. y> — Les éditeurs ont introduit dans le texte la plus grande partie de cette rédaction. Elle y fait double emploi avec la seconde.
D'YOLANDE DE MONTERBY
à Metz, fin de décembre 1056.
Yolande de Monterbj', ou plutôt de Montarby, appartenait à une famille d'ancienne noblesse de Champagne, qui subsiste encore. Elle était fille de Philippe de Montarby, seigneur de Charmoille et de Fréville, et d'Edmée Chapon, dame d'Espinan i. Yolande avait succédé, au mois de mars 1629, à sa sœur Huguette, supérieure des Bernardines de Sainte-Marie, ou du Petit- Clairvaux, de Metz, et on lui avait donné en 1642 sa nièce Christine pour coadjutrice avec future succession. Toutefois, elle resta jusqu'en 1655 à la tête de sa communauté. Elle mourut nonagénaire, le 14 décembre 1656 2. Bossuet, convoqué à ses obsèques, y prononça la « courte exhortation » qu'on va lire. (Voir Floquet, Êttides, t. I. p. 266 et suiv.). Le manuscrit ^ est à Paris dans la Bibliothèque de M™<^ la Comtesse de Béarn.
Ubi est, mors, Victoria tua ?
O mort, où est ta victoire.' (I Cor., XV, 55.)
[P. i] Quand l'Église ouvre la bouche des prédicateurs dans les funérailles de ses enfants, ce n'est pas pour accroître la pompe du deuil par des plaintes étudiées, ni pour satisfaire l'ambition des vivants par de vains éloges des morts. I.a premièi*e de ces deux choses est trop indigne de sa fermeté, et l'autre, trop contraire à sa modestie. Elle se propose un objet plus noble dans la solennité des discours funèbres : elle ordonne que ses ministi'es, dans les derniers devoirs que l'on rend aux morts, fassent contempler à leurs auditeurs la commune condition de tous les mortels, afin que la pensée de la mort leur donne un saint dégoût de la vie présente, et
1. Recherche de la noblesse de 1661, d'après (( les questions méta- Champagne, par M. de Caumartin, physiques y), et pour d'autres raisons Châlons. 1673, in-fol., t. II, [p. 175]. en l'air. (Cf. Histoire critique de la
2. Il faut s'étonner après cela de Prédication de Bossuet, y. 153.) voir Lâchât, qui a tant emprunté à 3. Ce discours a été mentionné Floquet, nous proposer la date de dans les sommaires. (Cf. p. 278.)