De Carv. Ckr., n. ô
du pieux spectacle d'un Dieu descendu pour nous relever, abaissé pour nous agrandir, appauvri volontairement pour répandre sur nous les trésors célestes. C'est ce que vous devez méditer, c'est ce qu'il faut que je vous explique ; et Dieu veuille que je traite si heureusement un sujet de cette importance que vos dévotions en soient échauffées! Attendons tout du ciel dans une entreprise si sainte; et, pour y procéder^ avec ordre, considérons comme trois degrés par lesquels le Fils de Dieu a voulu descendre de la souveraine grandeur jusqu'à la dernière bassesse. Premièrement il s'est fait homme, et il s'est revêtu de notre nature ; secondement il s'est fait passible, et il a pris nos infirmités ; troisièmement il s'est fait pauvre, et il s'est chargé de tous les outrages" de la fortune la plus méprisable. Et ne croyez pas, Chrétiens, qu'il nous faille rechercher bien loin ces trois abaissements du Dieu-Homme ; je vous les rapporte dans la même suite et dans la même simplicité qu'ils sont proposés dans mon évangile. Vous trouverez, dit-il, un enfant, c'est le commencement d'une vie humaine ; enveloppé de langes, c'est pour défendre l'infirmité contre les injures de l'air ; posé dans une crèche, c'est la dernière extrémité d'indigence : tellement que vous voyez dans le même texte la nature par le mot d'enfant, la faiblesse et l'infirmité par les langes, la misère et la pauvreté par la crèche.
Mais mettons ces vérités dans un plus grand jour, et arrêtons un peu sur tous les degrés de cette descente mystérieuse, tels qu'ils sont représentés dans notre évangile, [p. 2] Et premièrement il est clair que le Fils de Dieu, en se faisant homme, pouvait prendre la nature humaine avec les mêmes prérogatives qu'elle avait dans son innocence, la santé, la force, l'immortalité ; ainsi le Verbe divin serait homme, sans être travaillé des infirmités que le péché seul nous a méritées. Il ne l'a pas fait, Chrétiens ; il a voulu prendre avec la nature les faiblesses qui l'accompagnent. Mais, en prenant ces faiblesses, il pouvait ou les couvrir, ou les relever par la pompe, par l'abondance, par tous les autres biens