Yar. : elles les épuiseraient. ce nom
Ce vieillard vénérable, que vous voyez marcher avec une contenance si grave et si simple, soutenant d'un bâton ses membres cassés, il y a soixante et dix-neuf ans qu'il fait une pénitence sévère. Dans sa treizième année, il quitta la maison paternelle ; il se jeta dès lors dans la solitude, il embrassa dès lors les austérités. A quatre-vingt-onze ans, ni les veilles, ni les fatigues, ni l'extrême caducité ne lui ont pu encore faire modérer l'étroite sévérité de sa vie, que Dieu n'a étendue si longtemps, qu'afîn de nous faire voir une persévérance incroyable. Il fait un carême éternel ; et durant ce carême, il semble qu'il ne se nourrisse que d'oraisons et de jeûnes. Un peu de pain est sa nourriture, de l'eau toute pure étanche sa soif : à ses jours de réjouissance, il y ajoute quelque légume ; voilà les ragoûts de François de Paule ! En santé et en maladie, tel est son régime de vie ; et dans une vie si austère, il est plus content que les rois. Il dit qu'il importe peu de quoi on sustente ce corps mortel, que la foi change la nature des choses, que Dieu donne telle vertu qu'il lui plaît aux nourritures que nous prenons, et que, pour ceux qui mettent leur espérance en lui seul, tout est bon, tout est salutaire ; et c'est pour confondre ceux qui, voulant se dispenser de la mortification commune, se figurent de vaines appréhensions, afin de les faire servir d'excuse à leur délicatesse affectée.
Que vous dirai-je ici de l'austérité de son jeûne? Il ne songe à prendre sa réfection que lorsqu'il sent que la nuit approche. Après avoir vaqué tout le jour au service de son Créateur, il croit avoir quelque droit de penser à l'infirmité de la nature. Il traite son coi-ps comme un mercenaire à qui il donne son pain. De peur de manger pour le plaisir, il attend la dernière nécessité : par une nourriture modique il se prépare à un sommeil léger, louant la munificence divine de ce qu'elle le sustente de peu.
Qu'est-il nécessaire de vous raconter ses autres austérités ? Sa vie est égale partout ; toutes les parties en sont réglées par la discipline de la pénitence. Demandezlui la raison d'une telle sévérité, il vous répondra avec
l'apôtre saint Paul ^ : « Ne pensez pas, mes Frères, que je travaille en vain : Sic curro, non quasi in incertum. » Et que faites-vous donc, grand François de Paule? « Ha ! dit-il, je châtie mon corps : Castigo corpus meum. » O le soin inutile ! diront les fols amateurs du siècle. Mais par ce moyen, dit saint Paul, et après lui notre saint, par ce moyen, « je réduis en servitude ma chair : In servitutem (corpus meum) redigo. » Et pourquoi se donner tant de peines? « C'est de peur, dit-il, qu'après avoir enseigné les autres, moi-même je ne sois réprouvé : Ne forte cum aliis prœdicaverim, ipse reprohus efficiar. » Je me perdrais par l'amour de moi-même ; par la haine de moi-même, je me veux sauver ; je ne prends pas ce que le monde appelle commodités, de peur que par un chemin si glissant je ne tombe insensiblement dans les voluptés. Puisque l'amour-propre me presse si fort, je veux me roidir au contraire : pressé plus vivement par la charité de Jésus-Christ, de crainte de m 'aimer trop, je me persécute.
C'est ainsi que nos pères ont été nourris. L'Église, dès son berceau, a eu des persécuteurs ; et plusieurs siècles se sont passés, pendant lesquels les puissances du monde faisaient, pour ainsi dire, continuellement rejaillir sur elle le sang de ses propres enfants. Dieu la voulait élever de la sorte, dans les hasards et dans les combats, et parmi de durs exercices, de peur qu'efféminée par l'amour des plaisirs de la terre, elle n'eût pas le courage assez ferme, ni digne des grandeurs auxquelles elle était appelée. Sectateurs d'une doctrine établie par tant de supplices, s'il était coulé en nos veines une goutte du sang de nos braves et invincibles ancêtres, nous ne soupirerions pas, comme nous faisons, après ces molles délices qui énervent la vie de notre foi et font tomber par terre cette première générosité du christianisme.
Quelle est ici votre pensée, Chrétiens? Vous dites que ces maximes sont extrêmement rigoureuses. Elles ne m'étonnent pas moins que vous ; toutefois je ne puis vous dissimuler qu'elles sont extrêmement chrétiennes. Jésus, notre Sauveur, dont nous faisons gloire d'être les